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Au pays du million d’éléphants
Si ce nom donné au Laos il y a plus de 700 ans fut jamais une réalité, on en est aujourd’hui bien loin avec une population qui atteint péniblement les 2000 individus dont plus de la moitié sont domestiqués.
Vientiane et Savannakhet
Vientiane, avec ses 200 000 habitants, mérite sans aucun doute le titre de capitale la plus paisible du monde. Peu de choses sont susceptibles de troubler le calme assoupi qui caractérise la ville à toute heure de la journée. Même le Pha That Luang, ce grand stupa sacré, symbole national, semble fatigué derrière sa fine parure d’or qui s’écaille en plusieurs endroits.
Quant à Savannakhet, notre porte d’entrée et de sortie du Laos et deuxième ville du pays avec 124 000 habitants, la vie s’y écoule au rythme du Mekong paresseux qui coule à ses pieds et au delà duquel la Thailande paraît si proche. Et ce ne sont pas les rugissements figés des deux répliques grandeur nature de deux diplodocus qui trônent de manière incongrue à l’entrée de la ville, qui troublerait la léthargie profonde dans laquelle semble plonger les habitants.
Luang Prabang et le nouvel an Laotien
Distante de seulement 384 kilomètres de Vientiane, il aura fallu 10 heures à notre bus usé et prêt à rendre l’âme à chaque côte un peu trop raide, pour arriver à Luang Prabang. Ce trajet, et de façon générale tout déplacement en bus au Laos, est éprouvant, pas seulement en raison de la sinuosité du parcours et des nombreux précipices vertigineux mais aussi parce que les conducteurs de bus au Laos, contrairement à ce que le laisserait supposer leur conduite, n’ont pas le don de voir si un véhicule arrive en sens opposé lorsqu’ils entament un dépassement avant ou dans un virage.
Il est ensuite amusant de constater la façon qu’ont les laotiens de décorer leur route durant le nouvel an : entre Kasi et Luang Prabang, point de guirlandes, d’étoiles scintillantes ou d’autres décorations rigolotes mais plutôt des soldats sans uniformes, armés d’AK-47 et disposés par groupe de 2 ou 3 au bord de la route tous les 5 à 10 kilomètres. Mais la route n’est pas la seule à revêtir une telle tenue d’apparat : avec Natasha, nous avons égayé nos trajets en bus en jouant au “Qui a une Kalachnikov dans le bus ?” dont le but ultime est de démasquer le soldat en civil qui dissimule une kalachnikov, assez maladroitement le plus souvent. C’est un jeu très drôle mais je ne suis pas sûr qu’on puisse y jouer ailleurs qu’au Laos. Par exemple à Montréal, ce jeu me semblerait d’un ennui … mortel. (Cette route fait l’objet de mesures de sécurité particulière car celle-ci était sujette à des attaques de la part de laguérilla Mong jusqu’en 2003). L’ambiance est vraiment explosive au Laos en cette fin d’année 2549!
Ces images quelque peu inquiétantes s’évanouissent dès notre arrivée dans la ville de Luang Prabang qui, disons le tout de suite, nous aura le plus séduit depuis notre arrivée en Asie du Sud Est, ex aequo avec Hoi an si ce n’était l’ambiance dégagée par les festivités du Nouvel an. Enfin en lieu sûr nous sommes nous dit! Pas si vite! Nous nous apercevons que la ville entière est armée jusqu’aux dents : fusils à eau, sceau, tuyaux d’arrosage, bouteilles, récipients en tout genre. Tout est bon pour asperger d’eau, colorée ou non, tout individu, même suisse, à portée de tir; les 2 roues, les Tuk Tuk et leurs passagers n’étant pas épargnés. Epuisés par notre voyage, nous reportons au lendemain notre découverte des festivités du Nouvel an Laotien. Celles-ci se déroulent sur 7 jours dont les 3 premiers sont consacrés à la fête de l’eau durant laquelle les participants, volontaires ou non, s’aspergent mutuellement d’eau dans un signe de purification en se souhaitant bonne année (Sa-Bai-Dii-Mai). Dès le lendemain matin, nous sommes plongés dans un chaos aquatique absolu. Tout individu est un assaillant potentiel : une petite fille au regard tendre et à l’air innofensif vous sourit ? C’est pour mieux tromper votre vigilance et vous badigeonner le bras de farine de ces petites doigts hésitants. Un petit garçon, une bassine remplie d’eau dans les mains, vous en versera le contenu sur les pieds en cherchant du regard l’approbation de sa maman qui l’applaudira des 2 mains. Des gamins aux fusils plus grand qu’eux vous mitraillent dans de grands éclats de rire. Quelques minutes de ce traitement suffisent pour être trempé jusqu’aux os : je vous laisse imaginer notre quotidien durant 2 jours! Même les policiers ne sont pas épargnés et constituent même un trophée de choix pour les participants : essayez donc après ça d’inspirer le respect et l’ordre dans un uniforme dégoulinant de toute part!
Le ton saccarstique adpoté plus haut ne saurait masquer l’immense joie festive qui entoure ce balai aquatique et la bonne humeur communicative des laotiens, petits et grands.
Pour achever de nous convaincre de la gentillesse des laotiens, la famille de notre pension nous invitera à se joindre à eux à la nuit tombée pour danser et partager quelques verres de Beer Lao bien fraîche.
La fête de l’eau ayant pris fin à l’aube du quatrième jour, nous pouvons enfin nous aventurer sereinement dans les rues de Luang Prabang. Le coeur historique de la ville, classé au patrimoine mondiale par l’UNESCO, s’étend sur une péninsule formée par le Mékong et la Nam Khan. En dehors des quelques rues principales, la ville est sillonnée de venelles et d’étroites ruelles qui offrent aux passants un point de vue plus intime sur la vie des habitants puisque ceux ci y font la sieste, discutent, jouent et mangent en famille. La ville est dominée par la silhouette du Mont Phu Si, au sommet duquel s’étale un magnifique panorama sur les montagnes environnantes à perte de vue. A la nuit tombée, éclairée par la pâle lumière de centaines d’ampoules électriques, les habitants des villages avoisinants vendent à même le sol des produits qu’ils ont eux mêmes confectionnés et aux charmes desquels il est pratiquement impossible de résister.
Le vrai plaisir de Luang Prabang est de déambuler au hasard des rues et de voir surgir au détour de l’une d’entres elles un temple, une maison coloniale, une vue imprenable sur le Mékong ou simplement y faire une rencontre innatendue comme celle que nous avons fait avec ce jeune moine novice avec qui nous avons parlé avant qu’il nous invite à assister à la prière de 18h. Moment magique durant lequel, discrètement installés au fond du temple, nous nous sommes laissés bercer par les chants qui s’élevaient dans le temple et se mêlaient aux volutes des inévitables bâtons d’encens.
Sur un éléphant perché
Il aurait été impardonnable de quitter le Laos sans rendre hommage à ceux qui lui ont donné ce surnom de pays au million d’éléphants. Nous nous sommes donc rendu à quelques 20 kilomètres de Luang Prabang à la rencontre de ces fameux pachydermes d’Asie. Nous avons d’abord assister aux ablutions matinales du plus jeune d’entres eux : un bébé de 3 ans. Nous avons ensuite fait connaissance avec les 4 dames d’âge respectable à qui nous avons payé une tournée générale de bananes, un vieux truc éculé je l’avoue, pour séduire d’emblée l’assemblée de 20 000 kilos qui nous faisait face.
Nous avons ensuite pris place sur le dos de Wak, une femelle de 32 ans, qui, conduite par son dresseur, nous a offert une ballade d’une heure à travers la jungle.
Difficile en définitive de savoir si ces éléphants captifs sont heureux de servir de monture à des touristes. Ces éléphants étaient utilisés par l’industrie forestière dans la coupe de bois, travail harassant leur demandant beaucoup d’efforts. Porter des touristes, même gros comme nous, semble une synécure en comparaison.
Pas facile de savoir ce qui se passe derrière le regard de ce géant, sauf quand on lui montre une banane!
Depuis Savannakhet, nous avons pris la direction du Vietnam pour faire étape à Dong Ha, ville insignifiante au delà de l’entendement, avant de rejoindre Hanoi par le train de nuit : un voyage de 14 heures sur un banc en bois, sans climatisation, dont nous vous dirons des nouvelles ultérieurement.
(Veuillez pardonner la piètre qualité du texte ci-dessus, celui-ci ayant été tapé dans un café internet à Dong Ha, où tous les enfants du coin s’étaient réunis et manifestaient bruyamment leur joie de s’éclater au jeu vidéo plutôt que d’aller à l’école. Ajouter à cette ambiance de folie le fait que mon ordinateur se situait à moins de 10 mètres de la route nationale 1, la plus fréquentée du pays, et vous comprendrez mon impatience frénétique de terminer ce texte avant de devoir purger quelques années de prison au Vietnam pour avoir brutalisé des enfants. A ma décharge, ils ressemblaient moins à des enfants qu’à de petits monstres pétris d’inextinguible haine hystérique…tenez, ils me faisaient penser à Sarkozy, c’est vous dire!)
1 comment mai 1, 2007
Bonne année 2550 !
Avant de revenir plus en détails sur notre séjour au Laos, voici une petite vidéo prise durant les festivités du Nouvel an Laotien à Luang Prabang.
Nous n’aurons pas beaucoup d’autres témoignages de ces festivités : notre appareil photo numérique et l’eau ne faisant pas bon ménage.
2 comments avril 20, 2007

