Posts filed under 'Australie'
L’Australie prend fin à l’ouest
Nous sommes à Ho Chi Minh Ville depuis quelques jours déjà (qui reprend invariablement son ancienne appellation de Saigon dès que l’on s’écarte de toute considération officielle) et avant de consacrer un article à nos premiers jours dans ce fascinant tohu bohu, nous devons revenir sur notre dernière partie du séjour en terre australienne, dans l’immensité et la chaleur de l’Australie-occidentale.
Perth, la lointaine
Perth, capitale de la plus grande province australienne, jouit d’un cadre superbe, sur les rives de la Swan river et détient le meilleur taux d’ensoleillement de toute l’Australie. Cette ville nous a toutefois plongé dans une profonde perplexité dès notre arrivée. Nous y avons en effet croisé toutes sortes d’individus plus égnimatiques les uns que les autres. Tout d’abord un jeune homme, après avoir adressé un message à grand renfort de gestes à une entité que lui seul pouvait voir, tente par la seule force de sa pensée (visiblement dérangée) d’interrompre la rotation d’une sphère-fontaine. Des employés d’un Mc Donalds… Ici, une précision s’impose. Un “repas” pour 2 personnes pour moins de 11 dollars est une tentation écocomique (et non gastronomique) irrésistible pour 2 voyageurs à la bourse flétrie (Je ne parle évidemment pas ici de 2 voyageurs mâle de type 3ième âge mais bien de l’état de délabrement de nos finances). Des employés de Mc Donalds, disais-je, si agités qu’on les croiraient alimentés en coca cola par intraveineuse. Le triste spectacle d’aborigènes ivres déambulant par petits groupes ou installés sur la place centrale, s’interpellant bruyamment les uns les autres. De jeunes adolescents, ayant visiblement consommés autre chose que du Fanta se joignent de bon coeur à cette crise de delirium tremens qui semble s’être abattue sur la ville en cette chaude après midi. Quelques heures de sommeil plus tard, nos étranges individus avaient disparu et les habitants de Perth se sont avérés être des plus accueillants. Dans le doute, nous louons une voiture et mettons le cap vers le sud.
Sur et sous la canopée des forêts de Karris
En quittant Perth, nous prenons donc la direction du sud et nous arrêtons à Busselton où nous marcherons sur la plus longue jetée en bois au monde qui pique droit vers le large sur près de 2 kilomètres au dessus des eaux de l’océan Indien. Cette partie du littoral est superbe, les plages de sable blanc, baignées d’une eau turquoise, sont peu fréquentées et on peut y apprécier le calme reposant du ressac de l’océan ou bien le tumulte des vagues des plages réservées au surf. Nous atteignons la région de Margaret River, une des régions vinicoles les plus réputées d’Australie. Nous ferons halte au splendide domaine de Voyager Estate où nous goûterons Shiraz et Merlot.
Nous progressons encore vers le sud et notre route voit se dresser de plus en plus de géants : ce sont les karris, ou encore pour les forts en science naturelle, les eucalyptus diversicolor, qui dépassent allègrement les 50 mètres et dont le plus haut représentant connu en Australie occidentale mesure 88 mètres. Nous atteignons Pemberton, village assoupi au milieu des forêts de Karris et c’est là que se produit l’improbable. Naty, au pied du Gloucester tree, karri de 61 mètres utilisé comme tour de vigie des incendies et reconverti en attraction pour touristes téméraires, est prise d’une envie de s’arracher au plancher des vaches (Le tronc est planté à cet effet de barres de fer qui forment une échelle rudimentaire jusqu’à la cime de l’arbre). N’écoutant que mon courage (passablement émoussé par la visite des vignobles), je reste au pied de l’arbre pour parer à toute éventualité alors que Naty entame l’ascension du géant. Ignorant les lazzis d’Irlandais aussi courageux que moi, je regarde avec une anxiété contenue (difficilement contenue) Naty monter un à un les barreaux puis disparaître dans les denses feuillages. L’attente de la descente commence alors et ne prendra fin que 10 minutes plus tard lorsque Naty entamera sa prudente descente après avoir apprécié une vue imprenable. De retour sur la terre ferme, les acclamations ne furent pas à la hauteur de l’exploit : du public composé en grande majorité de mouches aussi tenaces que laides, je fus le seul à exprimer sincèrement mon admiration (et mon soulagement).
Notre parcours nous portera ensuite à Walpole où nous pourrons apprécier la perspective qu’on les oiseaux du haut de leur branche en empruntant une passerelle aménagée à plus de 40 mètres du sol au milieu de la splendide vallée des géants.
Les Pinnacles
Sur le chemin du retour, nous décidons au dernier moment de ne pas nous arrêter à Perth et de poursuivre notre route 250 kilomètres plus au nord pour y admirer un ensemble rocheux unique au monde : les Pinnacles. Au milieu d’un désert d’un sable jaune-orangé surgissent des milliers de formations rocheuses qu’un breton peu regardant sur la géographie et l’histoire pourrait prendre pour des menhirs pour personnes de petites tailles. Au coucher du soleil, le spectacle est magnifique : le silence solennel semble accompagner une cérémonie entre les roches et le soleil qui pare celles-ci de teintes orangées qui tranchent avec la clarté limpide du ciel. Sur le chemin du retour, à la nuit tombée, nous aurons l’opportunité d’expérimenter la hantise de tout automobiliste australien : croiser la route d’un kangourou. Après seulement une centaine de mètres, nous surprenons un de ces bondissants marsupiaux dans la lumière de nos phares : le silence et un stress palpable prendront place à nos cotés dans la voiture durant les 20 derniers kilomètres qui nous séparent de notre lieu de villégiature nocturne.
Premiers pas en Asie
Nous avons passé une nuit à Hong-Kong avant de rejoindre le Vietnam. Ces quelques heures ne suffisent pas à saisir cette ville sans pareil où tout semble organisé mais où une surprise semble vous attendre à chaque coin de rue. Nous y reviendrons à deux reprises dans les mois qui viennent et sommes impatients de plonger à nouveau dans cet univers entre Occident et Orient.
Un choc. Rien ne décrit mieux ce que nous avons ressenti à notre arrivée à Ho Chi Minh Ville à la nuit tombée. Nos yeux grands ouverts derrière les vitres de notre taxi devant le flot ininterrompu de vélos, scooter, 2 roues en tout genre, chevauchés par 2, 3 ou 4 personnes agées de 3 mois à 80 ans. De jour le spectacle est encore plus déroutant et devient même angoissant lorsque vous réalisez que vous voulez rejoindre le bord opposé de la rue. Commence alors une sorte de ballet entre vous et les centaines de projectiles humains motorisés qui vous foncent dessus de toute part. Très vite, vous réalisez que vous ne maîtrisez rien et que ce sont eux qui en vous frolant d’un coté ou de l’autre vous ouvre ou vous ferme le passage. Ca y est, vous êtes de l’autre coté. Exploit à réitérer au prochain coin de rue.
Restent encore à décrire les senteurs, bonnes ou mauvaises, les bruits de toutes sortes qui ne s’arrêtent jamais, les gens, les monuments qui témoignent de l’histoire à la fois riche et dramatique de ce “petit” pays de 83 millions d’habitants.
Nous prendrons la direction du delta du Mékong dans quelques jours avant d’entrer au Cambodge.
Add comment mars 7, 2007
Des koalas et des hommes
Fermement accroché au ciel bleu australien, le soleil ne faiblit pas depuis notre arrivée et nous gratifie même de températures caniculaires (40 degrés) à Adélaide où nous sommes arrivés depuis quelques jours. L’Australie méridionale, dont Adélaide est la capitale, connaît même la pire sécheresse de son histoire. Notre parcours en terre australienne a donc débuté à Sydney pour ensuite se poursuivre à Melbourne et enfin Adélaide que nous avons rejoint par la plaisante “Great Ocean road ” dont le titre de plus belle route du monde me semble passablement usurpé.
Sydney, la belle
Sydney est avant tout un plaisir pour les yeux. De mémoire, courte il est vrai, je ne me rappelle pas avoir déjà vu une ville offrant un tel panorama en un seul regard. Le centre de ce panorama est bien sûr la silouhette caractéristique et extravagante de l’opéra de Sydney. Au pied de ce grand coquillage blanc, nous n’avons jamais eu autant l’impression de faire partie d’un décor de carte postale. De part et d’autre de l’opéra se profile la somptueuse baie de Sydney qui, par beau temps, est envahie par une armada multicolore de plusieurs centaines de voiliers de toutes dimensions qui déclenchent épisodiquement la sirène furieuse des ferries en s’égarant sur la trajectoire de ces derniers. Les ferries justement partent aux pieds des tours à bureaux du centre ville et mettent moins de 30 minutes pour rejoindre les plages les plus proches, celle de Manly notamment. Toujours aux pieds des tours du centre ville, le magnifique jardin botanique et ses chauve-souris aux allures de Batman survitaminés déploie son tapis vert et ses essences rares et offre ainsi un hâvre de tranquilité à quelques mètres de l’effervescence du centre ville.
C’est une chose de se tenir au pied d’un décor de carte postale, c’en est une autre que de pénétrer l’envers du décor. C’est un peu l’impression que nous avons eu en entrant dans l’opéra de Sydney pour assister à la représentation du Mariage de Figaro (Sans vouloir détruire un mythe, l’intérieur des salles de spectacle est beaucoup moins spectaculaire que le laisserait supposer l’extérieur grandiose de l’opéra). Comme je l’ai déjà dit, on peut très bien vivre sans la moindre espèce de culture. J’ai moi même atteint l’âge, pas encore canonique, de 31 ans en restant persuadé que le célèbre aria ”Figaro Figaro Figaro-oh… ” faisait partie, selon toute logique, du Mariage de Figaro. J’avais même partagé cette conviction avec Naty en lui promettant un moment unique lorsque le moment d’entendre cet aria viendra. La première partie s’achève sans que notre patience soit récompensée mais le spectacle continue durant les 20 minutes que dure l’entracte avec un accès privilégié à un point de vue sur la baie, sur les eaux de laquelle se reflète le rai lumineux de la pleine lune, la silouhette illuminée du célèbre pont de Sydney et les milliers de lumières du centre ville. Durant la dernière heure et demie du spectacle, nous avons donc encore attendu que résonne cet air célèbre et nous attendions encore lorsque les comédiens eurent été acclamés, le rideau tombé et les spectateurs rentrés chez eux. Ce sera encore une fois internet qui me sauvera de mon incurie culturelle : cet aria résonne dans le Barbier de Séville et non dans le Mariage de Figaro. Y’a des coups de règles sur les doigts qui se perdent!
Telles deux cendrillons de pacotille, notre soirée de rêve prendra fin à minuit, heure à laquelle nous réintégrons notre hôtel citrouille : le Maze, Pitt Street. N’y mettez jamais les pieds sous peine d’infliger des dommages irréversibles à vos yeux et à votre nez.
Melbourne, la douce
Nous rejoignons Melbourne par un train de nuit et y coulerons des jours paisibles durant une semaine, bercés par le carillon aimable de la multitude de tramway qui sillonnent la ville. Ces tramway sont le véritable symbole de la ville car loin d’être une simple attraction touristique, ils constituent un véritable moyen de transport. Ainsi les bus ont déserté le centre ville qui, pour une ville de plus de 3 millions d’habitants, est étonnamment exempte de toute pollution. A quand un tramway à Montréal ?
Si Melbourne ne possède pas la beauté indiscutable de Sydney, elle nous a séduit par la place de choix qu’elle réserve à la culture à tous les coins de rue et par le rythme moins sophistiqué qu’ont adopté ses habitants. Ainsi au vieux Queen Victoria Market, les foules se bousculent le soir venu devant les vendeurs de nourriture en tout genre ou improvisent quelques pas de danse devant un orchestre, le tout dans une ambiance très bon enfant. Les policiers de la ville monteront même sur scène pour interpréter de grands classiques du rock.
Rencontre avec les marsupiaux
Avant de prendre la route d’Adélaide, nous nous rendons au Healesville Sanctuary, à quelques kilomètres de Melbourne, qui regroupe un hôpital pour animaux et un espace protégé rassemblant les plus fameux représentants de la faune australienne. Nous y verrons des kangourous, émeus, pélicans, diables de Tasmanie, dingos, une démonstration d’oiseaux de proie dans laquelle un des oiseaux mis en présence d’un (faux) oeuf d’émeu et d’un caillou, se saisit de ce dernier dans son bec pour le projeter violemment contre l’oeuf, comportement vraiment étonnant, les adorables wombats, des étranges echidna ainsi que les peu attrayants platypus (ornithorinque) et bien sûr les adorables et néanmoins fainéants Koalas. Ces espèces de grosses peluches nonchalantes dépensent une grande partie de leur énergie à manger (le rêve
) et à digérer le kilo de feuilles d’eucalyptus qu’ils engloutissent quotidiennement.
Great Ocean Road
En quittant Melbourne, nous prenons la direction de la Great Ocean Road qui serpente le long de la côte sur une centaine de kilomètres. Si celle-ci offre de beaux panoramas sur la côte accidentée, le point d’orgue de cette route est bel et bien le spectacle des douze apôtres, ensemble de 12 formations rocheuses que l’océan a séparé de la terre ferme par un long travail d’érosion. En chemin, nous aurons la chance d’approcher quelques koalas en liberté, dont 2 petits, invariablement accrochés à leur branche d’eucalyptus. La route quitte ensuite la côte pour traverser sur plus de 400 kilomètres des plaines arides et désertes avant d’atteindre Adélaide.
Adélaide, la comopolite
Si la population de Sydney et Melbourne surprendra celui qui s’attendait à n’y trouver que les descendants des turbulents sujets de Sa Majesté débarqués il y a de cela 200 ans, la surprise sera encore plus grande en découvrant la diversité ethnique d’Adélaide. Sydney et Melbourne reflète la proximité de l’Australie avec l’Asie et les communautés asiatiques y sont représentées en nombre. Mais c’est bel et bien Adélaide qui offre le tableau le plus diversifié, état de fait surprenant pour une ville-état isolée qui regroupe 80% de la population de l’Australie Méridionale, soit un peu plus de un million d’habitants.
Étant donné la chaleur accablante qui y règne depuis notre arrivée, nous avons décidé de suivre l’exemple du Koala, non pas en restant agrippé à une branche mais en évitant les dépenses d’énergie superflue et en consacrant de nombreuses heures à la préparation de la suite de notre voyage dans la fraîcheur artificielle d’un air climatisé salvateur.
Plaidoyer pour un bouchon
La vie est faite de détails mais quand ces détails touchent au plaisir, ils se départissent alors de leur nature de simple détail pour toucher aux choses essentielles de la vie. Ainsi quand les néo-zélandais et les australiens honnissent le bouchon et obturent le goulot de leur bouteille de vin par une capsule métallique c’est un détail me direz vous. C’est que vous ne pensez pas aux plaisirs des détails. Qu’est devenu le geste ancestral, acquis presque par atavisme, qui d’un mouvement habile mais certes violent, arrache le bouchon qui seul vous sépare du divin nectar ? Alors qu’avec une capsule, le premier buveur de Perrier venu peut vous servir un Merlot ou un Cabernet, quelle horreur! Quid du bruit si caractéristique qui tel un réflexe pavlovien fait lever la tête à tout amateur dans un rayon de 10 mètres ? Quid du cérémonial qui vous fait porter le bouchon à vos narines et qui le premier vous livrera les secrets encore inconnus à vos papilles ? Quid du contact rassurant du liège d’un bouchon égaré sur la table qui joue entre vos doigts accompagnant ludiquement la chaleur d’une conversation entre amis ? Je ne parle même pas de l’absence de projectile inoffensif en fin de repas qui lui seul vous permet de canarder vos amis en pleine tête sans risquer de les blesser ? Je n’ai pas la compétence requise pour savoir si la capsule métallique a ou non une influence sur les caractéristiques du vin à boire, je ne peux que déplorer que tous les plaisirs énumérés ci-dessus soient évincés par la froideur anonyme d’un morceau de métal.
Mardi 20 février nous nous envolons pour Perth et sa région que nous quitterons le 2 mars prochain pour le Vietnam où nous attendent sans doute de toutes autres expériences que celles que nous avons vécu jusqu’à maintenant.
3 comments février 17, 2007

