Archive for juillet 2007

Japan idol

Si la célébrité se mesure au nombre de signatures griffonnées sur des cahiers ou des cartons brandis par des foules de collégiens et collégiennes alors assurément, Naty et moi sommes en passe d’accéder au firmament des stars japonaises tant nos poignets meurtris furent mis à contribution jusqu’à frôler la tendinite dite japonaise. En dehors de ses moments de gloire trop éphémères, nous sommes tombés sous le charme d’un Japon ayant su admirablement préserver son héritage culturel mais également sous le charme de ses habitants toujours souriants, curieux et pourvus d’un degré de respect et de politesse inconnu sur l’échelle d’un rustre occidental.

Osaka

Osaka, première étape en terre nipponne s’est révélée une excellente introduction à la vie urbaine japonaise : propreté irréprochable des espaces publics, adolescents et adolescentes dont les excentricités vestimentaires garantissent des heures d’observation sans aucune lassitude, minuscules restaurants dont les entrées sont masquées à mi-hauteur par de larges bandes de tissus aux travers desquelles il faut oser passer la tête pour être transporté dans leur atmosphère intime, de larges avenues côtoient d’étroites ruelles où se succèdent les très bruyants pachinko qui ne désemplissent jamais quelque soit l’heure de la journée.

Osaka, malgré sa modernité affichée avec l’Umeda Tower élevée au rang de symbole, n’oublie pas la place de l’humain. Ses habitants, sa vie nocturne légendaire, ses restaurants, son urbanisme dégagent une atmosphère dynamique et accueillante telles qu’on souhaiterait s’y attarder de longues semaines mais il était déjà temps pour nous de rejoindre Kyoto toute proche, la ville aux 2 000 temples.

Kyoto

Comme quelques uns de mes contemporains les moins fermés aux différentes options restantes pour éviter une destruction prochaine de la planète, la seule chose qu’évoquait encore récemment Kyoto dans mon esprit était son célèbre protocole. Nous n’étions donc pas très au fait des trésors qui nous y attendaient. Trésors : le mot n’est pas trop fort pour parler des temples, des jardins, des ruelles et des maisons traditionnelles dont regorge Kyoto. Que dire ensuite du sentiment qui vous prend devant la majesté d’une porte gigantesque marquant l’entrée d’un temple, devant la silouhette d’une pagode ou d’un torii, ou encore devant l’invitation très tentante d’un minuscule restaurant familliale, le doux tintement de dizaines de clochettes suspendues à l’entrée des commerces, la sérénnité d’un jardin japonais à l’agencement quasi divin à force de perfection, le chemin de la Philosophie, l’ascension d’escaliers en bois à flanc de montagne, les prières psalmaudiées sur un ton monocorde s’échappant de la pénombre des temples… L’atmosphère Zen qui nimbent toutes ces attractions est telle qu’on se surprend à chuchoter en plein milieu de la rue afin de ne pas briser de nos voix importunes le charme irrésistible des lieux.

Notre starisation (Je pense qu’avec ce néologisme doublé d’un angliscime, je suis fin prêt pour écrire les textes de la prochaine interview de Jean Claude Vandame) aura débuté à Kyoto avant d’atteindre son point à la fois final et paroxystique à Nara. Dans le temple Kiyomizu-dera, un premier groupe de collégiens en uniforme vient pratiquer leur anglais avec nous (enfin surtout avec Naty, je ne voulais en aucune façon hypothéquer si jeune leur chance de parler un jour convenablement anglais), nous distribuent de touchants messages de paix avant de tendre leur cahier afin que nous y apposions notre signature. Nous posons ensuite tous ensemble pour la photo souvenir. La même scène se reproduira à l’identique quelques mètres plus loin, puis régulièrement les jours suivants avant l’apothéose de Nara où des groupes de collégiens patienteront chacun leur tour avant d’obtenir nos signatures. La politesse et le respect dont feront preuve tous ces collégiens et collégiennes nous laisseront pantois Naty et moi.

Les règles du savoir-vivre japonais

J’ai parlé à plusieurs reprises de la politesse et du respect qui semblent tous deux ataviquement acquis chez les japonais. En voici quelques exemples parmi ceux qui nous ont le plus surpris : dans le moindre restaurant de quartier, tout le personnel vous accueille, en plus du sourire, par des formules de bienvenue et reprennent encore en choeur des formules de remerciements lors de votre départ; votre interlocuteur ne se départira jamais de son sourire et s’inclinera à plusieurs reprises pour vous saluer ou vous remercier; une dame accompagnée de sa mère nous offrira des bonbons sur le quai de la gare; une bonne âme nous sera systématiquement venu en aide devant nos visages médusés face à un distributeur de billets de train incompréhensible ou face à un menu rédigé en japonais; un couple accompagné de leur chien-roi viendra même manger avec nous à tour de rôle (il fallait que quelqu’un garde sa majesté dans la voiture) après nous avoir aidé à passer notre commande et nous offrira même un petit cadeau à l’issue du repas; une bande de jeunes Tokyoïtes nous accompagnera aux portes du restaurant dont nous leur avions demandé l’adresse; à Tokyo, malgré le flot inimaginable de voyageurs (2 millions de passagers par jour dans la seule station Shinjuku), les usagers forment des files sur le quai; les cellulaires doivent être éteint dans les métros et personne ne déroge à cette règle; dans le train rapide (Shinkansen) le personnel salue l’ensemble du wagon avant d’y pénétrer puis salue à nouveau en sortant du wagon et, dernier exemple, dans quel restaurant bon marché, le patron vient vous remettre des petits cadeaux emballés à la fin du repas ? Devant toutes ces marques de politesse (et j’en oublie), nous avions en permanence peur de commettre un impair en n’étant pas suffisamment poli ou respectueux envers notre interlocuteur.

Comment ne pas évoquer également sans un certain étonnement la méticulosité qui caractérise de la même façon la personnalité japonaise et qui est peut être à l’origine de la première place du Japon dans le classement des puissances économiques mondiales (ohhh, je sais que sur le papier cette place revient aux Etats-unis mais le Japon lui, ne fabrique ni ne vend d’armes et il me semble qu’on ne devrait pas mesurer la richesse d’un pays en y incluant l’argent de cette activité aussi lucrative que condamnable mais je m’égare). Nous avons peu d’exemples de cette méticulosité toute japonaise, nous avons simplement observé que chacun semble se donner à fond dans son activité, aussi humble soit elle, comme ce jardinier qui balaie l’herbe, comme ce groupe de bénévoles qui ramassent jusqu’aux brindilles de pin qui traînaient, négligemment il est vrai, aux pieds des arbres ou encore comme cet employé qui passe l’aspirateur sur les marches d’un quai de gare.

La chance nous sourit au Mont Fuji

La majestueuse silouhette du volcan le plus célèbre du Japon est plongée dans la brume à notre arrivée et le restera durant les 2 jours de notre séjour. Nous décidons néanmoins de marcher vers son sommet en empruntant le sentier sacré qui fut celui des pélerins durant des siècles. Nous devons atteindre la 5ième station à 2305 mètres d’altitude après 12 km d’ascension. Nous nous arrêterons là car les conditions climatiques sur la route vers le sommet sont mauvaises. Les premiers kilomètres sont déroutant surtout en raison d’une signalisation rédigée uniquement en japonais. A partir de la 1ère station, la pente se fait plus abrupte et le sentier plus sinueux. La pluie s’invite au programme suivie de près par un brouillard de plus en plus épais. Après 5 heures de marche, nous atteignons enfin notre objectif, enveloppés d’un manteau laiteux qui noie toute chose : ciel, arbres, pierres, route et jusqu’aux bruits, dans un océan silencieux d’une blancheur inquiétante. Aucune indication n’est visible pour nous guider vers la station d’où part le bus qui doit nous ramener aux pieds du Mont Fuji. Nous nous aventurons au hasard sur une route déserte dont seuls les 10 mètres de bitume devant et derrière nous émergent du brouillard à couper à la hache. Après une dizaine de minutes de marche et guidés par leur voix, nous rejoignons un groupe de 3 travailleurs sur le point de quitter leur chantier. Sur leurs conseils, nous empruntons une route en construction. Une cinquantaine de mètres plus loin, nous entendons leur camion se diriger vers nous et ils nous proposent de monter à l’arrière. Nous acceptons volontiers et sommes bringuebalés durant une dizaine de minutes sur une route en mauvais état. Nous atteignons la station de bus où nous apprenons avec un certain désarroi que plus aucun bus ne circule. La chance était décidémment avec nous puisqu’il nous est proposé de rejoindre le bus qui doit redescendre les employés de la station dans la vallée quelques minutes plus tard. Nous retrouvons les rayons du soleil au détour d’un virage quelques 1000 mètres plus bas.

Tokyo

Capitale tentaculaire, presque toute entière vouée au culte de la modernité, Tokyo dépasse tous les superlatifs et laisse le visiteur déboussollé et émerveillé par le spectacle offert quotidiennement. Des armées d’hommes en sobres costumes cravates cotoient des légions d’adolescentes aux tenues provocantes, hallucinantes ou intriguantes comme ces deux copies conformes de Chantal Goya en bécassine croisé dans le métro et qui sont devenues des attractions de Tokyo à part entière. Comment enfin ne pas être submergé par la foule qui envahit le métro et les trottoirs comme à Shibuya où le passage piéton voit 3000 personnes traversés simultanément.

Le Japon marque le point final de nos 9 mois de voyage. Impressions et bilan de ce formidable moment de vie autour d’un repas et de bon vin pour les moins chanceux ou ici même prochainement.

En attendant, la Bretagne nous offre une flaque de repos (Je sais qu’on utilise plus volontiers l’expression “oasis de repos” mais il m’était impossible de faire référence au moindre élément pouvant être associé au soleil sans risquer de trahir le sentiment qu’évoque la pluie qui s’abat sans discontinué depuis notre arrivée) où nous nous reposons aux pieds des artichauts en fleur et où cidre, crêpes et Ricard à l’eau de pluie sont les seuls susceptible de nous sortir de notre torpeur.

1 comment juillet 5, 2007


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