Gooooooooooooooood bye Vietnam
mai 23, 2007
Nous sommes à Beijing depuis quelques jours et le Vietnam nous paraît déjà bien loin. 28 heures de trajet non-stop entre Hanoi et Hong Kong suivi d’un court vol de 3 heures nous ont conduit dans la capitale chinoise qui semble toute entière se préparer pour recevoir les Jeux Olympiques dans un peu plus d’un an.
Dans le dédale des rues de la vieille ville de Hanoi
Hanoi offre un visage plus serein que sa grande soeur du sud. Bien sûr un capharnaüm à peine moins tonitruant règne dans ses rues mais il est ici plus facile d’y échapper : sur les rives du lac Hoan Kiem par exemple qui, selon la légende, abrite des tortues centenaires dont il me semble en effet avoir aperçu la tête de l’une d’entres elles émerger à la surface; synonyme de bonne fortune, toujours selon la légende; ou bien dans les étroites ruelles de la vieille ville où les vietnamiens boivent leur thé à toute heure de la journée ou encore en dégustant un bon café dans une des nombreuses maisons coloniales au charme intacte.
Le vrai trésor de Hanoi cependant, ce sont les rues de la vieille ville dont une quarantaine suivent une organisation toute particulière : chacune d’elle abrite une corporation diiférente. Ainsi, le bruit des scies et des marteaux résonnent dans la rue des ferblantiers, des étincelles jaillissent de la rue des forgerons, des couleurs éclatantes parent la rue des décorations de fêtes bouddhistes, des senteurs entêtantes montent de la rue des herboristes et des visages de l’au delà vous épient dans la rue des pierres tombales qui portent pour la plupart une image du défunt. Rue du tabac, du linge de maison, du cuir, du PVC, de la miroiterie, des tapis… plus de cinquante spécialités seraient représentées dans les rues de la vieille ville. Une ballade autrement plus charmante que d’arpenter les rayons anonymes d’un Walmart.
Dans le labyrinthe des îlots de la baie d’Halong
Le premier contact avec la baie d’Halong laisse un souvenir impérissable : un chapelet d’îlots se déploie à perte de vue au dessus des eaux du golfe du Tonkin, baignés dans la brume légendaire qui nimbe les lieux d’une aura mystérieuse. Au rythme lent d’une croisière dans ses eaux calmes, doucement bercés par le chant des centaines d’oiseaux qui les peuplent, des îlots sortent de la brume comme par magie, d’autres s’y engloutissent en ne laissant entrevoir qu’un cours instant encore une silouhette monumentale avant de disparaître totalement derrière le rideau opaque.
La tête dans les nuages
Après 9 heures de train de nuit dans une couchette au confort précaire suivi d’une heure d’un bus filant à toute allure sur les routes montagneuses, nous découvrons la ville de Sapa. Sapa est un bijou lové dans les méandres vertigineux des Alpes Tonkinoises, ainsi nommées par les français, à 380 kilomètres au nord ouest de Hanoi. La ville domine une vallée aux flancs voués à la culture en terrasse dont les escaliers épousent parfaitement les ondulations des collines, offrant ainsi au spectateur un paysage unique et saisissant, quand la vallée n’est pas noyée sous un épais voile nuageux qui a valu à Sapa le surnom de “Ville dans les nuages”.
Différentes ethnies peuplent les alentours de Sapa, notamment des Hmongs et des Dao qui continuent à pratiquer la culture en terrasse, l’élevage et la fabrication d’objets artisanaux. Nous avons croisé de nombreuses jeunes filles Hmongs noirs (non en référence à la couleur de leur peau mais à celle de leur costume…qui est indigo) aux sublimes habits traditionnels et n’avons pas pu résister à leurs sourires, aux étoffes aux couleurs chatoyantes qu’elles vendaient ni à leur argumentaire de vente dans un anglais impeccable.
Après une ballade magique dans le village de Cat Cat tout proche, il était déjà temps de rejoindre notre couchette pour Hanoi.
Ira furor brevis est
la colère est une courte folie. Pour comprendre, et excuser, les lignes, disons rudes, qui vont suivre, il faut savoir que nous étions à Hanoi depuis quelques jours et nous en avions visité, dans l’ordre : l’ambassade de France, l’ambassade de Chine (aux portes de laquelle nous nous casserons les dents par deux fois), la poste centrale (si quelqu’un pense jamais avoir eu à faire à un préposé au guichet peu engageant, ce n’est rien en comparaison du bouledogue obtu qui nous a reçu et qui de surcroit à tenter de nous surfacturer nos timbres dans l’espoir, vite déçu, d’empocher la différence), la gare (la remarque canino-postale s’applique aussi pour la préposée de la gare), les agences de voyages, que nous remplissions des formulaires passionnants pour Immigration Canada, Revenu Québec… Alors on se dit que là, dimanche, sous un soleil resplendissant, nous allons rendre une petite visite au vénérable Ho Chi Minh, à jamais prisonnié de son cercueil de verre. Nous prenons place dans la file qui s’étire sur plusieurs centaines de mètres et qui témoigne de l’admiration populaire qu’inspire encore le libérateur du Vietnam (ou alors c’est parce que l’entrée est gratuite mais ça m’étonnerait quand même un peu). Les photographies sont bien évidemment interdites mais nous sommes peu enclin à laisser l’appareil photo à la consigne où règne un chaos indescriptible. Je planque donc l’appareil dans ma poche et nous continuons notre progression dans la file. Une centaine de mètres plus loin, un garde tout de blanc vêtu, m’invite à sortir du rang et me demande de vider le contenu de mes poches…à la vue de l’appareil photo, le garde au regard où pointe autant d’émotion que dans celui d’un mérou dépressif, m’indique la consigne à une centaine de mètres de là. C’en est trop, on s’en va tout penaud. Pour voir des fossiles ou des brontosaures, nous irons au musée de l’Homme à Paris : les photos y sont autorisées et c’est tout de même plus instructif qu’une poupée Ho Chi Minh allongée dans son bocal comme une sardine à l’huile dans une salade Saupiquet.
Je fais certes preuve d’une mauvaise foi à tout rompre mais ce qui provoque mon ire c’est que des règlements comme celui-ci sont édictés pour les 5% de demeurés congénitaux qui ne savent pas observer les règles élémentaires du savoir-vivre et qui prennent des photos quand c’est interdit (explicitement interdit avec un panneau rédigé dans toutes les langues ou moralement proscrit comme photographier un enfant mendiant en haillon), qui chevauchent les statues centenaires des tombeaux de Hué, qui piétinent les stèles sacrées de l’île de Pâques, qui photographient sans autorisation et en gros plan les membres des minorités ethniques sans s’interroger sur un conflit avec leurs croyances (celle de l’appareil photo voleur d’âmes par exemple), qui se montre torse nu au grand temple sacré du caodaisme, qui rient dans les couloirs de la mort des prisons du génocide ou qui jettent leurs détritus entre deux guanacos du lac Chungara.
Nous faisons donc nos adieux au Vietnam apres y avoir passé plus d’un mois. Si le Vietnam recèle des trésors pour le voyageur (Hoi An, le delta du Mekong, la baie d’Halong, Sapa, Hanoi) celui doit s’attendre à affronter chez les acteurs locaux du tourisme, les effets néfastes d’un afflux de dollars (4 millions de touristes attendus en 2007) dans une industrie mal réglementée d’un pays en voie de developpement.
Hong Kong
Ma consternante nullité géographique me poursuit jusqu’aux confins de l’Asie. Dans mon imaginaire, Hong Kong était une ville aux dimensions certes gigantesques mais qui ne dépassait pas les dimensions qu’on attribut générallement à une agglomération de 6 millions d’habitants. Tout faux, Hong Kong occupe une superficie de 1 000 Km²; soit plus que Manhattan, le Bronx, Brooklyn, le Queens, et Staten Island réunis. Le coeur financier et économique de la ville, le nord de l’île de Hong Kong, n’occupe que 7% de la superficie totale. Nous étions donc quelque peu surpris d’y découvrir de grandes étendues vierges, de paisibles villages de pêcheurs et des sentiers de randonnée de plus de 100 kilomètres!
Nos 2 journées dans cette ville unique où l’Asie s’est mêlée à l’Europe durant plus de 150 ans nous auront seulement permis d’avoir une vue d’ensemble de l’ancienne colonie, mais quelle vue!!! Celle depuis le sommet du Victoria Peak qui du haut de ses 552 mètres dévoile un panorama à couper le souffle sur la concentration vertigineuse de gratte-ciels. Quelle vue encore que celle que nous a offert une ballade en ferry sur les eaux qui sépare Kowloon de l’île de Hong Kong. Et quelle vue enfin en guise d’apothéose, à la nuit tombée, sur la débauche de lumières des gratte-ciels dont les reflets multicolores s’abîment dans les eaux noires de Port Victoria.
En Chine, nous pouvons déjà faire la même observation que dans tous les pays traversés, à l’exception de la Nouvelle-zélande et de l’Australie : Natasha passe difficilement inaperçue. C’est d’autant plus vrai en Chine où les gens interrompent leur conversation, leur chemin, leur travail pour dévisager, bouche bée, le phénomène qui leur passe sous le nez. On peut voir dans le regard des plus jeunes la même stupeur que dans les yeux d’Eliot lorsqu’il découvrit E.T. pour la première fois.
Note : cet article a pu être mis en ligne depuis la Chine en utilisant des outils permettant de contourner des restrictions sur la navigation de certains sites internet dont notre blog…


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