Archive for mai 2007
Gooooooooooooooood bye Vietnam
Nous sommes à Beijing depuis quelques jours et le Vietnam nous paraît déjà bien loin. 28 heures de trajet non-stop entre Hanoi et Hong Kong suivi d’un court vol de 3 heures nous ont conduit dans la capitale chinoise qui semble toute entière se préparer pour recevoir les Jeux Olympiques dans un peu plus d’un an.
Dans le dédale des rues de la vieille ville de Hanoi
Hanoi offre un visage plus serein que sa grande soeur du sud. Bien sûr un capharnaüm à peine moins tonitruant règne dans ses rues mais il est ici plus facile d’y échapper : sur les rives du lac Hoan Kiem par exemple qui, selon la légende, abrite des tortues centenaires dont il me semble en effet avoir aperçu la tête de l’une d’entres elles émerger à la surface; synonyme de bonne fortune, toujours selon la légende; ou bien dans les étroites ruelles de la vieille ville où les vietnamiens boivent leur thé à toute heure de la journée ou encore en dégustant un bon café dans une des nombreuses maisons coloniales au charme intacte.
Le vrai trésor de Hanoi cependant, ce sont les rues de la vieille ville dont une quarantaine suivent une organisation toute particulière : chacune d’elle abrite une corporation diiférente. Ainsi, le bruit des scies et des marteaux résonnent dans la rue des ferblantiers, des étincelles jaillissent de la rue des forgerons, des couleurs éclatantes parent la rue des décorations de fêtes bouddhistes, des senteurs entêtantes montent de la rue des herboristes et des visages de l’au delà vous épient dans la rue des pierres tombales qui portent pour la plupart une image du défunt. Rue du tabac, du linge de maison, du cuir, du PVC, de la miroiterie, des tapis… plus de cinquante spécialités seraient représentées dans les rues de la vieille ville. Une ballade autrement plus charmante que d’arpenter les rayons anonymes d’un Walmart.
Dans le labyrinthe des îlots de la baie d’Halong
Le premier contact avec la baie d’Halong laisse un souvenir impérissable : un chapelet d’îlots se déploie à perte de vue au dessus des eaux du golfe du Tonkin, baignés dans la brume légendaire qui nimbe les lieux d’une aura mystérieuse. Au rythme lent d’une croisière dans ses eaux calmes, doucement bercés par le chant des centaines d’oiseaux qui les peuplent, des îlots sortent de la brume comme par magie, d’autres s’y engloutissent en ne laissant entrevoir qu’un cours instant encore une silouhette monumentale avant de disparaître totalement derrière le rideau opaque.
La tête dans les nuages
Après 9 heures de train de nuit dans une couchette au confort précaire suivi d’une heure d’un bus filant à toute allure sur les routes montagneuses, nous découvrons la ville de Sapa. Sapa est un bijou lové dans les méandres vertigineux des Alpes Tonkinoises, ainsi nommées par les français, à 380 kilomètres au nord ouest de Hanoi. La ville domine une vallée aux flancs voués à la culture en terrasse dont les escaliers épousent parfaitement les ondulations des collines, offrant ainsi au spectateur un paysage unique et saisissant, quand la vallée n’est pas noyée sous un épais voile nuageux qui a valu à Sapa le surnom de “Ville dans les nuages”.
Différentes ethnies peuplent les alentours de Sapa, notamment des Hmongs et des Dao qui continuent à pratiquer la culture en terrasse, l’élevage et la fabrication d’objets artisanaux. Nous avons croisé de nombreuses jeunes filles Hmongs noirs (non en référence à la couleur de leur peau mais à celle de leur costume…qui est indigo) aux sublimes habits traditionnels et n’avons pas pu résister à leurs sourires, aux étoffes aux couleurs chatoyantes qu’elles vendaient ni à leur argumentaire de vente dans un anglais impeccable.
Après une ballade magique dans le village de Cat Cat tout proche, il était déjà temps de rejoindre notre couchette pour Hanoi.
Ira furor brevis est
la colère est une courte folie. Pour comprendre, et excuser, les lignes, disons rudes, qui vont suivre, il faut savoir que nous étions à Hanoi depuis quelques jours et nous en avions visité, dans l’ordre : l’ambassade de France, l’ambassade de Chine (aux portes de laquelle nous nous casserons les dents par deux fois), la poste centrale (si quelqu’un pense jamais avoir eu à faire à un préposé au guichet peu engageant, ce n’est rien en comparaison du bouledogue obtu qui nous a reçu et qui de surcroit à tenter de nous surfacturer nos timbres dans l’espoir, vite déçu, d’empocher la différence), la gare (la remarque canino-postale s’applique aussi pour la préposée de la gare), les agences de voyages, que nous remplissions des formulaires passionnants pour Immigration Canada, Revenu Québec… Alors on se dit que là, dimanche, sous un soleil resplendissant, nous allons rendre une petite visite au vénérable Ho Chi Minh, à jamais prisonnié de son cercueil de verre. Nous prenons place dans la file qui s’étire sur plusieurs centaines de mètres et qui témoigne de l’admiration populaire qu’inspire encore le libérateur du Vietnam (ou alors c’est parce que l’entrée est gratuite mais ça m’étonnerait quand même un peu). Les photographies sont bien évidemment interdites mais nous sommes peu enclin à laisser l’appareil photo à la consigne où règne un chaos indescriptible. Je planque donc l’appareil dans ma poche et nous continuons notre progression dans la file. Une centaine de mètres plus loin, un garde tout de blanc vêtu, m’invite à sortir du rang et me demande de vider le contenu de mes poches…à la vue de l’appareil photo, le garde au regard où pointe autant d’émotion que dans celui d’un mérou dépressif, m’indique la consigne à une centaine de mètres de là. C’en est trop, on s’en va tout penaud. Pour voir des fossiles ou des brontosaures, nous irons au musée de l’Homme à Paris : les photos y sont autorisées et c’est tout de même plus instructif qu’une poupée Ho Chi Minh allongée dans son bocal comme une sardine à l’huile dans une salade Saupiquet.
Je fais certes preuve d’une mauvaise foi à tout rompre mais ce qui provoque mon ire c’est que des règlements comme celui-ci sont édictés pour les 5% de demeurés congénitaux qui ne savent pas observer les règles élémentaires du savoir-vivre et qui prennent des photos quand c’est interdit (explicitement interdit avec un panneau rédigé dans toutes les langues ou moralement proscrit comme photographier un enfant mendiant en haillon), qui chevauchent les statues centenaires des tombeaux de Hué, qui piétinent les stèles sacrées de l’île de Pâques, qui photographient sans autorisation et en gros plan les membres des minorités ethniques sans s’interroger sur un conflit avec leurs croyances (celle de l’appareil photo voleur d’âmes par exemple), qui se montre torse nu au grand temple sacré du caodaisme, qui rient dans les couloirs de la mort des prisons du génocide ou qui jettent leurs détritus entre deux guanacos du lac Chungara.
Nous faisons donc nos adieux au Vietnam apres y avoir passé plus d’un mois. Si le Vietnam recèle des trésors pour le voyageur (Hoi An, le delta du Mekong, la baie d’Halong, Sapa, Hanoi) celui doit s’attendre à affronter chez les acteurs locaux du tourisme, les effets néfastes d’un afflux de dollars (4 millions de touristes attendus en 2007) dans une industrie mal réglementée d’un pays en voie de developpement.
Hong Kong
Ma consternante nullité géographique me poursuit jusqu’aux confins de l’Asie. Dans mon imaginaire, Hong Kong était une ville aux dimensions certes gigantesques mais qui ne dépassait pas les dimensions qu’on attribut générallement à une agglomération de 6 millions d’habitants. Tout faux, Hong Kong occupe une superficie de 1 000 Km²; soit plus que Manhattan, le Bronx, Brooklyn, le Queens, et Staten Island réunis. Le coeur financier et économique de la ville, le nord de l’île de Hong Kong, n’occupe que 7% de la superficie totale. Nous étions donc quelque peu surpris d’y découvrir de grandes étendues vierges, de paisibles villages de pêcheurs et des sentiers de randonnée de plus de 100 kilomètres!
Nos 2 journées dans cette ville unique où l’Asie s’est mêlée à l’Europe durant plus de 150 ans nous auront seulement permis d’avoir une vue d’ensemble de l’ancienne colonie, mais quelle vue!!! Celle depuis le sommet du Victoria Peak qui du haut de ses 552 mètres dévoile un panorama à couper le souffle sur la concentration vertigineuse de gratte-ciels. Quelle vue encore que celle que nous a offert une ballade en ferry sur les eaux qui sépare Kowloon de l’île de Hong Kong. Et quelle vue enfin en guise d’apothéose, à la nuit tombée, sur la débauche de lumières des gratte-ciels dont les reflets multicolores s’abîment dans les eaux noires de Port Victoria.
En Chine, nous pouvons déjà faire la même observation que dans tous les pays traversés, à l’exception de la Nouvelle-zélande et de l’Australie : Natasha passe difficilement inaperçue. C’est d’autant plus vrai en Chine où les gens interrompent leur conversation, leur chemin, leur travail pour dévisager, bouche bée, le phénomène qui leur passe sous le nez. On peut voir dans le regard des plus jeunes la même stupeur que dans les yeux d’Eliot lorsqu’il découvrit E.T. pour la première fois.
Note : cet article a pu être mis en ligne depuis la Chine en utilisant des outils permettant de contourner des restrictions sur la navigation de certains sites internet dont notre blog…
Add comment mai 23, 2007
Au pays du million d’éléphants
Si ce nom donné au Laos il y a plus de 700 ans fut jamais une réalité, on en est aujourd’hui bien loin avec une population qui atteint péniblement les 2000 individus dont plus de la moitié sont domestiqués.
Vientiane et Savannakhet
Vientiane, avec ses 200 000 habitants, mérite sans aucun doute le titre de capitale la plus paisible du monde. Peu de choses sont susceptibles de troubler le calme assoupi qui caractérise la ville à toute heure de la journée. Même le Pha That Luang, ce grand stupa sacré, symbole national, semble fatigué derrière sa fine parure d’or qui s’écaille en plusieurs endroits.
Quant à Savannakhet, notre porte d’entrée et de sortie du Laos et deuxième ville du pays avec 124 000 habitants, la vie s’y écoule au rythme du Mekong paresseux qui coule à ses pieds et au delà duquel la Thailande paraît si proche. Et ce ne sont pas les rugissements figés des deux répliques grandeur nature de deux diplodocus qui trônent de manière incongrue à l’entrée de la ville, qui troublerait la léthargie profonde dans laquelle semble plonger les habitants.
Luang Prabang et le nouvel an Laotien
Distante de seulement 384 kilomètres de Vientiane, il aura fallu 10 heures à notre bus usé et prêt à rendre l’âme à chaque côte un peu trop raide, pour arriver à Luang Prabang. Ce trajet, et de façon générale tout déplacement en bus au Laos, est éprouvant, pas seulement en raison de la sinuosité du parcours et des nombreux précipices vertigineux mais aussi parce que les conducteurs de bus au Laos, contrairement à ce que le laisserait supposer leur conduite, n’ont pas le don de voir si un véhicule arrive en sens opposé lorsqu’ils entament un dépassement avant ou dans un virage.
Il est ensuite amusant de constater la façon qu’ont les laotiens de décorer leur route durant le nouvel an : entre Kasi et Luang Prabang, point de guirlandes, d’étoiles scintillantes ou d’autres décorations rigolotes mais plutôt des soldats sans uniformes, armés d’AK-47 et disposés par groupe de 2 ou 3 au bord de la route tous les 5 à 10 kilomètres. Mais la route n’est pas la seule à revêtir une telle tenue d’apparat : avec Natasha, nous avons égayé nos trajets en bus en jouant au “Qui a une Kalachnikov dans le bus ?” dont le but ultime est de démasquer le soldat en civil qui dissimule une kalachnikov, assez maladroitement le plus souvent. C’est un jeu très drôle mais je ne suis pas sûr qu’on puisse y jouer ailleurs qu’au Laos. Par exemple à Montréal, ce jeu me semblerait d’un ennui … mortel. (Cette route fait l’objet de mesures de sécurité particulière car celle-ci était sujette à des attaques de la part de laguérilla Mong jusqu’en 2003). L’ambiance est vraiment explosive au Laos en cette fin d’année 2549!
Ces images quelque peu inquiétantes s’évanouissent dès notre arrivée dans la ville de Luang Prabang qui, disons le tout de suite, nous aura le plus séduit depuis notre arrivée en Asie du Sud Est, ex aequo avec Hoi an si ce n’était l’ambiance dégagée par les festivités du Nouvel an. Enfin en lieu sûr nous sommes nous dit! Pas si vite! Nous nous apercevons que la ville entière est armée jusqu’aux dents : fusils à eau, sceau, tuyaux d’arrosage, bouteilles, récipients en tout genre. Tout est bon pour asperger d’eau, colorée ou non, tout individu, même suisse, à portée de tir; les 2 roues, les Tuk Tuk et leurs passagers n’étant pas épargnés. Epuisés par notre voyage, nous reportons au lendemain notre découverte des festivités du Nouvel an Laotien. Celles-ci se déroulent sur 7 jours dont les 3 premiers sont consacrés à la fête de l’eau durant laquelle les participants, volontaires ou non, s’aspergent mutuellement d’eau dans un signe de purification en se souhaitant bonne année (Sa-Bai-Dii-Mai). Dès le lendemain matin, nous sommes plongés dans un chaos aquatique absolu. Tout individu est un assaillant potentiel : une petite fille au regard tendre et à l’air innofensif vous sourit ? C’est pour mieux tromper votre vigilance et vous badigeonner le bras de farine de ces petites doigts hésitants. Un petit garçon, une bassine remplie d’eau dans les mains, vous en versera le contenu sur les pieds en cherchant du regard l’approbation de sa maman qui l’applaudira des 2 mains. Des gamins aux fusils plus grand qu’eux vous mitraillent dans de grands éclats de rire. Quelques minutes de ce traitement suffisent pour être trempé jusqu’aux os : je vous laisse imaginer notre quotidien durant 2 jours! Même les policiers ne sont pas épargnés et constituent même un trophée de choix pour les participants : essayez donc après ça d’inspirer le respect et l’ordre dans un uniforme dégoulinant de toute part!
Le ton saccarstique adpoté plus haut ne saurait masquer l’immense joie festive qui entoure ce balai aquatique et la bonne humeur communicative des laotiens, petits et grands.
Pour achever de nous convaincre de la gentillesse des laotiens, la famille de notre pension nous invitera à se joindre à eux à la nuit tombée pour danser et partager quelques verres de Beer Lao bien fraîche.
La fête de l’eau ayant pris fin à l’aube du quatrième jour, nous pouvons enfin nous aventurer sereinement dans les rues de Luang Prabang. Le coeur historique de la ville, classé au patrimoine mondiale par l’UNESCO, s’étend sur une péninsule formée par le Mékong et la Nam Khan. En dehors des quelques rues principales, la ville est sillonnée de venelles et d’étroites ruelles qui offrent aux passants un point de vue plus intime sur la vie des habitants puisque ceux ci y font la sieste, discutent, jouent et mangent en famille. La ville est dominée par la silhouette du Mont Phu Si, au sommet duquel s’étale un magnifique panorama sur les montagnes environnantes à perte de vue. A la nuit tombée, éclairée par la pâle lumière de centaines d’ampoules électriques, les habitants des villages avoisinants vendent à même le sol des produits qu’ils ont eux mêmes confectionnés et aux charmes desquels il est pratiquement impossible de résister.
Le vrai plaisir de Luang Prabang est de déambuler au hasard des rues et de voir surgir au détour de l’une d’entres elles un temple, une maison coloniale, une vue imprenable sur le Mékong ou simplement y faire une rencontre innatendue comme celle que nous avons fait avec ce jeune moine novice avec qui nous avons parlé avant qu’il nous invite à assister à la prière de 18h. Moment magique durant lequel, discrètement installés au fond du temple, nous nous sommes laissés bercer par les chants qui s’élevaient dans le temple et se mêlaient aux volutes des inévitables bâtons d’encens.
Sur un éléphant perché
Il aurait été impardonnable de quitter le Laos sans rendre hommage à ceux qui lui ont donné ce surnom de pays au million d’éléphants. Nous nous sommes donc rendu à quelques 20 kilomètres de Luang Prabang à la rencontre de ces fameux pachydermes d’Asie. Nous avons d’abord assister aux ablutions matinales du plus jeune d’entres eux : un bébé de 3 ans. Nous avons ensuite fait connaissance avec les 4 dames d’âge respectable à qui nous avons payé une tournée générale de bananes, un vieux truc éculé je l’avoue, pour séduire d’emblée l’assemblée de 20 000 kilos qui nous faisait face.
Nous avons ensuite pris place sur le dos de Wak, une femelle de 32 ans, qui, conduite par son dresseur, nous a offert une ballade d’une heure à travers la jungle.
Difficile en définitive de savoir si ces éléphants captifs sont heureux de servir de monture à des touristes. Ces éléphants étaient utilisés par l’industrie forestière dans la coupe de bois, travail harassant leur demandant beaucoup d’efforts. Porter des touristes, même gros comme nous, semble une synécure en comparaison.
Pas facile de savoir ce qui se passe derrière le regard de ce géant, sauf quand on lui montre une banane!
Depuis Savannakhet, nous avons pris la direction du Vietnam pour faire étape à Dong Ha, ville insignifiante au delà de l’entendement, avant de rejoindre Hanoi par le train de nuit : un voyage de 14 heures sur un banc en bois, sans climatisation, dont nous vous dirons des nouvelles ultérieurement.
(Veuillez pardonner la piètre qualité du texte ci-dessus, celui-ci ayant été tapé dans un café internet à Dong Ha, où tous les enfants du coin s’étaient réunis et manifestaient bruyamment leur joie de s’éclater au jeu vidéo plutôt que d’aller à l’école. Ajouter à cette ambiance de folie le fait que mon ordinateur se situait à moins de 10 mètres de la route nationale 1, la plus fréquentée du pays, et vous comprendrez mon impatience frénétique de terminer ce texte avant de devoir purger quelques années de prison au Vietnam pour avoir brutalisé des enfants. A ma décharge, ils ressemblaient moins à des enfants qu’à de petits monstres pétris d’inextinguible haine hystérique…tenez, ils me faisaient penser à Sarkozy, c’est vous dire!)
1 comment mai 1, 2007

