Le Vietnam du sud

mars 23, 2007

Ho Chi Minh : le bruit et la fureur

Saigon (Ho Chi Minh) peut sans nul doute revendiquer nombre de qualificatifs. Pour nous aucun ne lui va mieux que celui de ville qui ne se taît jamais. L’activité frénétique qui s’en empare jour et nuit semble ne jamais vouloir prendre fin. Le jour, les hordes de deux roues prennent possession des rues, les artisans de tous les corps de métier travaillent à même les trottoirs ou au fond des ruelles, de partout montent des effluves de cuisine ou d’autres mixtures inconnues, les marchés couverts sont saturés de chaleur et d’odeurs plus ou moins attirantes. La nuit tombe que ce formidable cirque semble redoubler d’intensité avec les voix tremblantes qui s’échappent des innombrables karaokés, les parkings pour deux roues se remplissant en un clin d’oeil de la clientèle des clubs aux enseignes grandes consommatrices d’électricité, des apprentis cracheurs de feu d’à peine 10 ans révolus font trembler leur audience par leur total manque de maîtrise de cet art (Un exemple parmi tant d’autres de parents qui, poussés par la pauvreté, utilisent leurs enfants comme source de revenu). Jour et nuit, ce bouillonnement d’activités se déroule avec la trame sonore d’une symphonie en klaxon majeur que les moins sourds des voyageurs auront tôt fait d’étouffer à l’aide de protections auditives pour trouver le sommeil.

De rares lieux échappent à ce furieux tintamarre. Les pagodes sont un hâvre de paix pour les sens : le silence, s’il n’est pas troublé par un groupe d’une cinquantaine de touristes, y règne en maître; les bâtons d’encens libèrent leurs effluves ennivrantes; les statues et les représentations divines captivent le regard; de temps en temps, un élément du plus pur kitsch, comme un disque de diodes multicolores au dessus de la tête d’une divinité, vous arrache, sacrilège dans un lieu voué à la piété et au recueillement, un léger sourire que vous tentez de dissimuler à la vue des fidèles. De sourires, il n’en est en revanche pas question au musée des souvenirs de guerre, vibrant témoignages du drame qu’a vécu le Vietnam durant près de 20 ans. Les commentaires, forcément partiaux, mis à part, les centaines de photos suffisent à décrire l’horreur sous toutes ses formes : bombes expérimentales, tortures, exécutions, armes chimiques, enfants, bébés compris, victimes d’atrocités. Il faudra bien quelques bouteilles de Saigon bien fraîches pour nous remettre de cette succession de clichés de l’Homme à son plus bas niveau d’humanité.

Le delta du Mékong, grenier aux sourires du Vietnam

Pour qui veut fuir l’agitation de Saigon, le delta du Mekong offre au voyageur un refuge tout indiqué. La vie se déroule ici au rythme lent d’une barque sur les eaux calmes de la multitude de canaux qui forment une toile d’araignée complexe de voies navigables. Le Mékong en constitue l’artère principale à partir de laquelle se déclinent des canaux de plus en plus étroits jusqu’à seulement permettre le passage d’une barque. Le bateau est bien entendu le moyen de locomotion idéal pour découvrir les mystères du delta. Nous en avons pris de toutes sortes : des ferries, des embarcations de 20,10 ou 2 passagers, guettant de temps à autre, au fond du bateau, avec une perplexité grandissante une flaque qui ne l’était pas moins. Nous avons ainsi visité au petit matin de nombreux marchés flottants où une flottille colorée propose de bateau en bateau toutes sortes de marchandises ou encore simplement navigué dans les canaux au milieu des habitations sur pilotis. Mais outre le riz, les canaux, les couleurs, le delta possède une autre richesse : ses habitants. Depuis leur bateau, leur 2 roues, leur maison, leur bus, enfants, adolescents et adultes nous adressaient un sourire, un ‘hello’ ou encore un signe de la main. Naty déclenchera même une hystérie collective chez un groupe de femmes qui cherchaient à attirer son attention depuis leur bus stationné dans un marché. Notre guide éclaircira ce curieux comportement par ces mots, je cite : ‘yellow hair, not seen before : very pretty. blue eyes, not seen before : very very pretty. narrow noze, very pretty…et oh bon, on se calme le guide!

Après avoir passé la nuit à Can Tho, nous prenons la direction de Chau Doc et de la frontière avec le Cambodge. Depuis notre bus, nous assisterons au spectacle enchanteur de dizaines de cerf-volants s’élevant dans le ciel du soleil couchant. Le lendemain, nous prendrons place Naty et moi dans une petite barque propulsée par le seule force des bras d’une jeune femme pour nous rendre sur une île où s’est établie la minorité Cham de confession musulmane et c’est là que nous avons fait la rencontre d’un ange. Un ange avec le Saint Graal des sourires, un sourire enchanteur et pur comme un diamant, la Joconde du Delta! Nous serions resté des heures à jouer avec cette adorable petite fille Cham (Naty rêvera même la nuit suivante que nous la kidnappions pour l’emmener à Montréal) mais hélas, il était temps pour nous de prendre notre bateau pour rejoindre la frontière Cambodgienne.

Du Vietnam au Cambodge : la traversée périlleuse

Les trois heures de traversée sur les eaux du Mékong avant de rejoindre l’immigration vietnamienne se déroulèrent sans encombre. Mais lors de l’accostage, nous devenons malgré nous les protagonnistes d’un spectacle d’acrobaties. En première partie, des enfants se ruent à l’abordage de notre embarcation pour tenter de se saisir de nos sacs. Un compagnon de voyage fera obstacle de son corps mais un sac manquera à l’appel une fois sur la terre ferme (Il sera retrouvé quelques minutes plus tard sur le dos d’un enfant qui réclamait un dollar pour le service offert). Nos sacs de 20 kg sur le dos, nous découvrons avec angoisse ce qu’il nous faut traverser pour rejoindre la terre ferme : une échelle jetée au dessus d’un fossé de 5 mètres de profondeur. Chacun son tour, nous avancons prudemment sur le fragile dispositif, aidés par des habitants qui nous tendent les bras de l’autre côté et visiblement enchantés par la représentation que nous donnons. Parvenus sain et sauf de l’autre côté, nous accueillons presqu’avec bonheur la myriade d’enfants qui nous hurlent dans les oreilles de leur acheter quelque chose.

Deux heures de traversée suplémentaires et deux heures entassés dans un mini bus non climatisé sur une route en travaux, nous voici dans la capitale du Cambodge.

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3 Comments Add your own

  • 1. Michael  |  avril 24, 2007 at 9:28

    Ouais,
    On voit que ce Brubru a bien la plume facile, et, par surcroit, volubile.
    Je me promets, quand le temps nécessaire à lire ces grands textes, me le permettra, de scruter à la loupe les propos de mon gendre, sur ce qui fait vibrer mes cordes sensibles, en rapport avec les systèmes socialistes du coin. Cordes qui ont commencé à se réveiller quand se sont succédés les imprérialistes français et étasuniens dans leur tragique opression contre ces peuples.

    HO HO ! Ho Chi Mhin

  • 2. 10moisautourdumonde  |  avril 25, 2007 at 3:57

    Une plume est un instrument trop noble pour rapporter les humbles propos tenus ici, qui ne sont après tout que de simples observations recueillies sur notre chemin : un burin, mal aiguisé qui plus est, me semble une comparaison plus appropriée!
    Quant aux pays que nous traversons, bien loin de moi l’idée d’en dresser un quelconque portrait. Concernant le Laos, et surtout le Vietnam, il saute aux yeux des voyageurs que des aménagements disons pragmatiques ont été apportés aux dogmes.
    J’arrete la sur la corde sensible :-) Et fais gaffe, a notre retour, on prevoit une interrogation ecrite sur le contenu du blog, ceux qui echouent n’auront pas de souvenirs !!

  • 3. Huguette  |  mai 7, 2007 at 6:03

    allo ,ma belle Natasha, je vois que tout se passe bien, tu as l,air tres heureuse.
    je t,ecris maintenant de mon Saguenay natal
    a bientot
    Huguette

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