De Montréal à Montréal

Après 58 174 km dans les airs, 7 790 km sur les rails, 22 707 km sur les routes (15 944 km dans divers bus et 6 763 km au volant de notre propre véhicule), 1 300 km sur l’eau et un nombre incalculable de kilomètres à pied, nous voici revenus au point de départ de notre voyage : Montréal, Québec, Canada.

Alors une question se pose inévitablement après une telle expérience : comment reprendre une vie normale alors que les guanacos continuent leur ballet au pied du Parinacota; que les Moais gardent leur regard fixé sur la minuscule île de Pâques, indifférents aux chevaux sauvages et aux touristes, sauvages eux aussi parfois; que les Torres del Paine continuent d’arracher des sifflets d’admiration aux voyageurs transis; que les craquements du Perito Moreno raisonnent encore dans la vallée des glaciers; que de chanceux êtres humains carnivores continuent de s’empiffrer de Biffe de Lomo à Buenos Aires; que les moutons paissent nonchalamment en Nouvelle-Zélande; que les pierres des Pinacles continuent de recevoir l’hommage de la lune qui brille tous les soirs dans le ciel de l’Australie Occidentale; qu’une petite fille Cham continue d’ensorceller son entourage de ses rires dans le delta du Mekong, que d’autres enfants croulent sous le poids d’une pauvreté aussi insupportable que sans issue à Phnom Penh; que Mak, notre femelle éléphant, continue d’engloutir ses bananes de la main des voyageurs près de Luang Prabang; que les vaillants soldats de Xi’an sont assiégés par des légions de touristes; que les néons extravagants n’en finissent plus de colorer les nuits de Hong Kong, que les “étudiants” en art de Shanghai n’ont de cesse de proposer une visite de leur atelier, que les trottoirs de Shibuya et de Shinjuku ne désemplissent pas de leur faune aussi interlope qu’inoffensive ?

La réponse, à l’instar des différents acteurs et autres merveilles de la nature qui ont peuplé notre tour du monde, est de continuer nous aussi, augmentés que nous sommes de tant de souvenirs aux allures de richesses inestimables qu’il faut garder jalousement au creux de notre âme pour les préserver encore un peu de la routine, rouleau compresseur des rêves, afin de ne pas les ternir trop tôt par des considérations prosaiques pour qu’ils vivent encore et nous animent de leur beauté, jusqu’à peut être les remplacer ou les ranimer dans un futur plus ou moins proche.

Ce voyage, qui ne fût au départ qu’un rêve difficilement avoué, une esquisse grossièrement ébauchée, une envie de découverte ancrée au plus profond de nous et presque enfouie sous la routine du quotidien et des écrasantes nécessités de notre existence, fait maintenant partie de nos vies et peuplera encore pendant longtemps celles ci d’échos et d’images des quatres coins du monde.

Merci à tous pour vos visites, vos commentaires et vos encouragements,

Bruno et Natasha, suivis de l’inévitable point final.

2 comments septembre 10, 2007

Japan idol

Si la célébrité se mesure au nombre de signatures griffonnées sur des cahiers ou des cartons brandis par des foules de collégiens et collégiennes alors assurément, Naty et moi sommes en passe d’accéder au firmament des stars japonaises tant nos poignets meurtris furent mis à contribution jusqu’à frôler la tendinite dite japonaise. En dehors de ses moments de gloire trop éphémères, nous sommes tombés sous le charme d’un Japon ayant su admirablement préserver son héritage culturel mais également sous le charme de ses habitants toujours souriants, curieux et pourvus d’un degré de respect et de politesse inconnu sur l’échelle d’un rustre occidental.

Osaka

Osaka, première étape en terre nipponne s’est révélée une excellente introduction à la vie urbaine japonaise : propreté irréprochable des espaces publics, adolescents et adolescentes dont les excentricités vestimentaires garantissent des heures d’observation sans aucune lassitude, minuscules restaurants dont les entrées sont masquées à mi-hauteur par de larges bandes de tissus aux travers desquelles il faut oser passer la tête pour être transporté dans leur atmosphère intime, de larges avenues côtoient d’étroites ruelles où se succèdent les très bruyants pachinko qui ne désemplissent jamais quelque soit l’heure de la journée.

Osaka, malgré sa modernité affichée avec l’Umeda Tower élevée au rang de symbole, n’oublie pas la place de l’humain. Ses habitants, sa vie nocturne légendaire, ses restaurants, son urbanisme dégagent une atmosphère dynamique et accueillante telles qu’on souhaiterait s’y attarder de longues semaines mais il était déjà temps pour nous de rejoindre Kyoto toute proche, la ville aux 2 000 temples.

Kyoto

Comme quelques uns de mes contemporains les moins fermés aux différentes options restantes pour éviter une destruction prochaine de la planète, la seule chose qu’évoquait encore récemment Kyoto dans mon esprit était son célèbre protocole. Nous n’étions donc pas très au fait des trésors qui nous y attendaient. Trésors : le mot n’est pas trop fort pour parler des temples, des jardins, des ruelles et des maisons traditionnelles dont regorge Kyoto. Que dire ensuite du sentiment qui vous prend devant la majesté d’une porte gigantesque marquant l’entrée d’un temple, devant la silouhette d’une pagode ou d’un torii, ou encore devant l’invitation très tentante d’un minuscule restaurant familliale, le doux tintement de dizaines de clochettes suspendues à l’entrée des commerces, la sérénnité d’un jardin japonais à l’agencement quasi divin à force de perfection, le chemin de la Philosophie, l’ascension d’escaliers en bois à flanc de montagne, les prières psalmaudiées sur un ton monocorde s’échappant de la pénombre des temples… L’atmosphère Zen qui nimbent toutes ces attractions est telle qu’on se surprend à chuchoter en plein milieu de la rue afin de ne pas briser de nos voix importunes le charme irrésistible des lieux.

Notre starisation (Je pense qu’avec ce néologisme doublé d’un angliscime, je suis fin prêt pour écrire les textes de la prochaine interview de Jean Claude Vandame) aura débuté à Kyoto avant d’atteindre son point à la fois final et paroxystique à Nara. Dans le temple Kiyomizu-dera, un premier groupe de collégiens en uniforme vient pratiquer leur anglais avec nous (enfin surtout avec Naty, je ne voulais en aucune façon hypothéquer si jeune leur chance de parler un jour convenablement anglais), nous distribuent de touchants messages de paix avant de tendre leur cahier afin que nous y apposions notre signature. Nous posons ensuite tous ensemble pour la photo souvenir. La même scène se reproduira à l’identique quelques mètres plus loin, puis régulièrement les jours suivants avant l’apothéose de Nara où des groupes de collégiens patienteront chacun leur tour avant d’obtenir nos signatures. La politesse et le respect dont feront preuve tous ces collégiens et collégiennes nous laisseront pantois Naty et moi.

Les règles du savoir-vivre japonais

J’ai parlé à plusieurs reprises de la politesse et du respect qui semblent tous deux ataviquement acquis chez les japonais. En voici quelques exemples parmi ceux qui nous ont le plus surpris : dans le moindre restaurant de quartier, tout le personnel vous accueille, en plus du sourire, par des formules de bienvenue et reprennent encore en choeur des formules de remerciements lors de votre départ; votre interlocuteur ne se départira jamais de son sourire et s’inclinera à plusieurs reprises pour vous saluer ou vous remercier; une dame accompagnée de sa mère nous offrira des bonbons sur le quai de la gare; une bonne âme nous sera systématiquement venu en aide devant nos visages médusés face à un distributeur de billets de train incompréhensible ou face à un menu rédigé en japonais; un couple accompagné de leur chien-roi viendra même manger avec nous à tour de rôle (il fallait que quelqu’un garde sa majesté dans la voiture) après nous avoir aidé à passer notre commande et nous offrira même un petit cadeau à l’issue du repas; une bande de jeunes Tokyoïtes nous accompagnera aux portes du restaurant dont nous leur avions demandé l’adresse; à Tokyo, malgré le flot inimaginable de voyageurs (2 millions de passagers par jour dans la seule station Shinjuku), les usagers forment des files sur le quai; les cellulaires doivent être éteint dans les métros et personne ne déroge à cette règle; dans le train rapide (Shinkansen) le personnel salue l’ensemble du wagon avant d’y pénétrer puis salue à nouveau en sortant du wagon et, dernier exemple, dans quel restaurant bon marché, le patron vient vous remettre des petits cadeaux emballés à la fin du repas ? Devant toutes ces marques de politesse (et j’en oublie), nous avions en permanence peur de commettre un impair en n’étant pas suffisamment poli ou respectueux envers notre interlocuteur.

Comment ne pas évoquer également sans un certain étonnement la méticulosité qui caractérise de la même façon la personnalité japonaise et qui est peut être à l’origine de la première place du Japon dans le classement des puissances économiques mondiales (ohhh, je sais que sur le papier cette place revient aux Etats-unis mais le Japon lui, ne fabrique ni ne vend d’armes et il me semble qu’on ne devrait pas mesurer la richesse d’un pays en y incluant l’argent de cette activité aussi lucrative que condamnable mais je m’égare). Nous avons peu d’exemples de cette méticulosité toute japonaise, nous avons simplement observé que chacun semble se donner à fond dans son activité, aussi humble soit elle, comme ce jardinier qui balaie l’herbe, comme ce groupe de bénévoles qui ramassent jusqu’aux brindilles de pin qui traînaient, négligemment il est vrai, aux pieds des arbres ou encore comme cet employé qui passe l’aspirateur sur les marches d’un quai de gare.

La chance nous sourit au Mont Fuji

La majestueuse silouhette du volcan le plus célèbre du Japon est plongée dans la brume à notre arrivée et le restera durant les 2 jours de notre séjour. Nous décidons néanmoins de marcher vers son sommet en empruntant le sentier sacré qui fut celui des pélerins durant des siècles. Nous devons atteindre la 5ième station à 2305 mètres d’altitude après 12 km d’ascension. Nous nous arrêterons là car les conditions climatiques sur la route vers le sommet sont mauvaises. Les premiers kilomètres sont déroutant surtout en raison d’une signalisation rédigée uniquement en japonais. A partir de la 1ère station, la pente se fait plus abrupte et le sentier plus sinueux. La pluie s’invite au programme suivie de près par un brouillard de plus en plus épais. Après 5 heures de marche, nous atteignons enfin notre objectif, enveloppés d’un manteau laiteux qui noie toute chose : ciel, arbres, pierres, route et jusqu’aux bruits, dans un océan silencieux d’une blancheur inquiétante. Aucune indication n’est visible pour nous guider vers la station d’où part le bus qui doit nous ramener aux pieds du Mont Fuji. Nous nous aventurons au hasard sur une route déserte dont seuls les 10 mètres de bitume devant et derrière nous émergent du brouillard à couper à la hache. Après une dizaine de minutes de marche et guidés par leur voix, nous rejoignons un groupe de 3 travailleurs sur le point de quitter leur chantier. Sur leurs conseils, nous empruntons une route en construction. Une cinquantaine de mètres plus loin, nous entendons leur camion se diriger vers nous et ils nous proposent de monter à l’arrière. Nous acceptons volontiers et sommes bringuebalés durant une dizaine de minutes sur une route en mauvais état. Nous atteignons la station de bus où nous apprenons avec un certain désarroi que plus aucun bus ne circule. La chance était décidémment avec nous puisqu’il nous est proposé de rejoindre le bus qui doit redescendre les employés de la station dans la vallée quelques minutes plus tard. Nous retrouvons les rayons du soleil au détour d’un virage quelques 1000 mètres plus bas.

Tokyo

Capitale tentaculaire, presque toute entière vouée au culte de la modernité, Tokyo dépasse tous les superlatifs et laisse le visiteur déboussollé et émerveillé par le spectacle offert quotidiennement. Des armées d’hommes en sobres costumes cravates cotoient des légions d’adolescentes aux tenues provocantes, hallucinantes ou intriguantes comme ces deux copies conformes de Chantal Goya en bécassine croisé dans le métro et qui sont devenues des attractions de Tokyo à part entière. Comment enfin ne pas être submergé par la foule qui envahit le métro et les trottoirs comme à Shibuya où le passage piéton voit 3000 personnes traversés simultanément.

Le Japon marque le point final de nos 9 mois de voyage. Impressions et bilan de ce formidable moment de vie autour d’un repas et de bon vin pour les moins chanceux ou ici même prochainement.

En attendant, la Bretagne nous offre une flaque de repos (Je sais qu’on utilise plus volontiers l’expression “oasis de repos” mais il m’était impossible de faire référence au moindre élément pouvant être associé au soleil sans risquer de trahir le sentiment qu’évoque la pluie qui s’abat sans discontinué depuis notre arrivée) où nous nous reposons aux pieds des artichauts en fleur et où cidre, crêpes et Ricard à l’eau de pluie sont les seuls susceptible de nous sortir de notre torpeur.

1 comment juillet 5, 2007

Shanghai story

Malgré notre long séjour, nous aurons peu profité des charmes de Shanghai, surtout en raison d’une pluie et d’un ciel gris persistants.

Shanghai est la ville qui décrit peut être le mieux la Chine d’aujourd’hui et l’image qu’elle renvoie oscille entre l’ultra modernité et le plus profond archaisme, entre la richesse la plus tapageuse et la pauvreté la plus crue. Ecrans de télévision dans les bus, métros, aux arrêts d’autobus et même dans les cabines téléphoniques, canards et poules attendent, résignés, d’atterrir dans l’assiette du prochain client sur le trottoir d’un restaurant installé dans un garage crasseux, les immeubles aux silouhettes avant-gardistes s’élancent toujours plus haut, des hommes aux pieds nus traversent la rue et d’autres peinent a faire avancer leur vélo sous le poids d’une montagne de bouteilles en plastique récupérées dans les poubelles.
Aux yeux de nombreux chinois, Shanghai fait figure d’Eldorado et beaucoup viennent y tenter leur chance, certains avec succès sans doute. Apres Beijing, Shanghai est la seconde ville chinoise recevant un événement de dimension planétaire avec l’exposition universelle de 2010

Je m’adresse maintenant aux moins québécois d’entres vous en vous narrant une expérience terrifiante dont nous avons été les deux innoncentes victimes. Installés dans notre somptueuse suite (une chambre au plancher gondolé par l’humidité et baignée par de douces effluves d’égouts en provenance de la salle de bains), nous tombons sur une émission de télévision dans laquelle Thierry Henry est l’invité d’honneur. Après une interview insipide, l’émission se conclue par, tenez vous bien, le générique d’Hélène et les garcons, ni plus ni moins. Pour les moins francais d’entre vous, Hélène et les garcons était ce qu’il est convenu d’appeller une série TV niaise. A peine remis de ce choc, nous nous attablons le lendemain dans un restaurant japonais où nous aurons a peine le temps de brandir nos baguettes que résonne déja le même air sirupeux… Après une recherche minutieuse, il semblerait bien que ce soit Hélène et non Brassens, Brel ou tout autre artiste qu’on puisse soupçonner d’un quelconque talent qui soit devenu l’ambassadrice de la chanson francaise en Chine. Vaut mieux entendre ça que d’être sourd.

Demain nous nous envolons pour le Japon pour un circuit de 15 jours qui nous conduira d’Osaka a Tokyo, en passant par Kyoto et le Mont Fuji. Retour en France prévu le 23 juin….

2 comments juin 7, 2007

700 millions de chinois et moi et moi et moi…

Si J. Dutronc devait mettre à jour les paroles de sa chanson 40 ans plus tard, le célèbre refrain débuterait plus probablement par “1 milliard 300 millions de chinois…” Ce colosse démographique étend sa puissance jusque dans les moindres recoins de ses 21 provinces où il est courant que la population d’une ville moyenne atteigne le chiffre de 5 ou 6 millions d’habitants.

Nul doute que les voyages suprennent et bousculent les idées toutes faites : nous l’aurons constaté avec une acuité plus grande en Chine qu’ailleurs où les changements des dernières années ont faconné une Chine en parfait décalage avec les images d’Epinal d’une Chine rurale, traditionnelle et communiste. L’aisance, la richesse s’affiche avec ostentation, s’étale même, sans complexe dans les villes. La jeunesse surtout semble assumer avec désinvolture cette liberté économique nouvelle : restaurants à la mode, clubs, mode vestimentaire, marques et autres accessoires de luxe font parti du quotidien de nombre de ses chinois citadins. On chercherait presqu’en vain la fausse note dans cette partition trop parfaite : Xi’an et Beijing étant deux vitrines de la Chine aux yeux des occidentaux, on peut penser que l’attention qui y est apportée est extrême et qu’une autre réalité, celle des jeunes de notre auberge au salaire mensuel de 100 euros selon leurs dires, existe au delà du clinquant des centres d’achats et des lumières dorées de la ville.
Quoiqu’il en soit, à un an des JO 2008, l’image que va donner la Chine au monde entier promet d’être très travaillée.

Trop d’impressions se bousculent dans nos pauvres têtes de voyageurs fatigués pour espérer les ranger dans un texte de peur que ce dernier ne ressemble à un salmigondis de verbiage dénué d’intérêt. Aussi, nous aurons recours à la pire des techniques d’écriture témoignant du plus total manque d’imagination : l’abécédaire.

B comme Beijing

Coeur de la Chine et futur centre du monde. “Centre du monde” fait bien entendu référence à l’attention médiatique que va concentrer la ville lors des JO 2008. En arpentant les rues de la capitale, en y observant un dynamisme partout visible et en ayant en tête quelques chiffres, on ne peut s’empêcher toutefois de songer au doux rêve que caresse l’empire du Milieu de régenter à nouveau le monde.
La municipalité de Beijing occupe une superficie égale à celle de la Belgique. On se sent comme une fourmi sur les larges trottoirs des immenses avenues déshumanisées, écrasés par les hautes silouhettes des nouveaux immeubles ou des anciens édifices monumentaux.

B comme Bicyclette

Moyen de transport légendaire en perte de vitesse comme en témoignent les couloirs quasi déserts qui leur sont réservés sur les larges avenues de Beijing. Shanghai résiste mieux dans ce domaine surtout en raison de la politique mise en place par la ville qui oblige chaque postulant à l’achat d’une voiture à debourser un montant exorbitant (parfois égale au quart du prix de la voiture).

B comme Bus

Les bus de Beijing, tout comme la ville dans son ensemble, sentent encore le neuf. Outre un conducteur, chaque bus voit la présence d’une préposée chargée de recueillir le prix du ticket et de répondre aux questions des voyageurs. Très pratique. Le prix d’un trajet, y compris vers la banlieue, se monte à 15 centimes.

C comme chinois

Habitants de la Chine dont le principal trait de caractère est la curiosité. Demander son chemin peut ainsi provoquer un attroupement où les participants joueront des coudes pour essayer de comprendre de quoi il retourne. Au café internet, une jeune fille a même délaisser son petit ami pour s’asseoir près de nous et scruter avec minutie ce que ces deux occidentaux pouvaient bien faire sur internet.
Le deuxième trait de caractère le plus fréquent est la gentillesse, parfois dissimulée derrière un regard froid qu’un sourire de Naty ne manqua presque jamais de faire fondre.

C comme cité interdite

Cité qui n’est interdite qu’à celui qui refuserait de régler le droit d’entrée de 60 yuans. A noter le nombre très élevé de victimes si le système qui permettait d’en réguler le nombre de visiteurs au temps des empereurs, c’est à dire la peine de mort, était remis en service.

C comme communisme

Terme rare, inusité.
Obsolet, désigne une époque révolue en Chine.

F comme fesses

Pas les notres mais celles des enfants en bas age chinois qui portent tous des pantalons sans fond de culotte qui dévoilent leurs fesses dodues à tous les passants. Surprenant.

G comme Grande muraille

Ouvrage qui défie l’imagination et sur lequel nous avons gambadé durant 10 kilomètres. Horizons de collines verdoyantes à perte de vue et ce long serpent de pierre qui se joue du relief et trace son chemin sur des centaines de kilomètres. Grand moment.

H comme Hutongs

Habitats traditionnels de Beijing qui sont pour la plupart rasés pour faire place à d’imposantes barres d’immeubles, à des centres commerciaux gigantesques à la propreté chirurgicale dont les dimensions relèguent ceux de Montréal ou de Paris au rang de vulgaire supérette de quartier, à d’élégantes tours à bureaux ou encore à de somptueux hotels de luxe. Les derniers hutongs sont l’objet de toutes les attentions, sans doute pour être transformés en attractions touristiques et envahis d’auberges, de restaurants et de boutiques de souvenirs.

I comme Internet

Espace de liberté sous surveillance, disponible sur présentation d’un passeport pour les étrangers et d’une carte d’identité pour les Chinois afin, est-il écrit, d’empêcher les “comportements illégaux”. Comme des jeunes visionnent en toute impunité des films X dans ces mêmes cybercafés, nous ne comprenons pas quelle activité tombe dans l’illégalité…Peut être celles regroupant la consultation de ce genre de pages, inacessibles depuis la Chine : http://fr.wikipedia.org/wiki/Droits_de_l’homme

L comme langue

Outre le chinois qui de facon assez peu surprenante est la langue la plus volontiers parlée par les chinois, ces derniers se sont mis à l’anglais avec beaucoup d’enthousiame, de l’employé de gare au réceptionniste en passant par la preposée du bus.

M comme Mc Donald’s

Et oui, il est arrivée ici aussi

K comme KFC

Lui aussi

P comme Pizza Hut

Lui également

S comme starbucks

Et lui aussi.

T comme trains

Moyen de transport préféré des chinois. Nous l’aurons emprunté de nuit, totalisant 4600 kilomètres de rails, dans des compartiments de 6 couchettes, sans porte, ce qui nous aura valu de passer de bons moments avec nos compagnons de voyage.
Fleuron de la technologie chinoise et témoin que la Chine comble son retard dans tous les domaines, le CRH, le premier train chinois à grande vitesse, vient d’être mis en service en avril 2007 entre Beijing et Shanghai.

T comme Tibet

Voir aussi à R comme regrets.
L’entrée dans ce territoire sous administration chinoise semble donné lieu à un marché très lucratif de permis et de tours organisés plus ou moins suspects et dont la délivrance était suspendue à notre arrivée pour une raison inconnue de nous mais qui donne lieu à des rumeurs toutes aussi farfelues les unes que les autres. La plus savoureuse d’entres elles est celle d’un américain à cheval (A ce stade de l’enquête, on ne sait pas qui d’entre Lucky Luke ou du cowboy Marlboro est dans le coup) qui aurait traversé une région interdite avec sa monture et qui, mis sous les verrous par les autorités, se serait échappé tel Zorro.

T comme toilettes

En tant qu’être bassement humain, le voyageur doit de temps en temps répondre à certains besoins naturels irrépressibles. Toute banale que soit cette activité, elle peut se révéler des plus traumatisantes en Chine. Il n’est pas rare de trouver, en guise de toilettes, quelques trous juxtaposés et qui ne sont séparés par aucune cloison, encore moins par une porte. Et au cas où une porte est présente, cela n’empêche pas certains de la laisser grande ouverte…. de grands moments de solitude qui ont tendance à disparaitre avec l’apparition en force de toilettes à l’occidentale.
En règle générale, les chinois n’ont pas une notion très développée de l’intimité, comme en témoignent les multiples intrusions intempestives des femmes de ménage dans notre chambre d’hotel à toute heure de la journée.

X comme Xi’an

Située à 1200 kilomètres au sud ouest de Beijing, Xi’an fut l’objet de la plus grande découverte archéologique du 20ième siècle. Une armée de soldats en terre cuite, grandeur nature, accompagnés de leurs chevaux et dont le nombre est estimé à 6 000 fut découverte en 1974 après être restée sous terre durant 2000 ans.

Nous poursuivons notre découverte de la Chine à Shanghai, avant de rejoindre Hong Kong afin de nous envoler pour notre ultime destination, le Japon.

3 comments juin 2, 2007

Gooooooooooooooood bye Vietnam

Nous sommes à Beijing depuis quelques jours et le Vietnam nous paraît déjà bien loin. 28 heures de trajet non-stop entre Hanoi et Hong Kong suivi d’un court vol de 3 heures nous ont conduit dans la capitale chinoise qui semble toute entière se préparer pour recevoir les Jeux Olympiques dans un peu plus d’un an.

Dans le dédale des rues de la vieille ville de Hanoi

Hanoi offre un visage plus serein que sa grande soeur du sud. Bien sûr un capharnaüm à peine moins tonitruant règne dans ses rues mais il est ici plus facile d’y échapper : sur les rives du lac Hoan Kiem par exemple qui, selon la légende, abrite des tortues centenaires dont il me semble en effet avoir aperçu la tête de l’une d’entres elles émerger à la surface; synonyme de bonne fortune, toujours selon la légende; ou bien dans les étroites ruelles de la vieille ville où les vietnamiens boivent leur thé à toute heure de la journée ou encore en dégustant un bon café dans une des nombreuses maisons coloniales au charme intacte.
Le vrai trésor de Hanoi cependant, ce sont les rues de la vieille ville dont une quarantaine suivent une organisation toute particulière : chacune d’elle abrite une corporation diiférente. Ainsi, le bruit des scies et des marteaux résonnent dans la rue des ferblantiers, des étincelles jaillissent de la rue des forgerons, des couleurs éclatantes parent la rue des décorations de fêtes bouddhistes, des senteurs entêtantes montent de la rue des herboristes et des visages de l’au delà vous épient dans la rue des pierres tombales qui portent pour la plupart une image du défunt. Rue du tabac, du linge de maison, du cuir, du PVC, de la miroiterie, des tapis… plus de cinquante spécialités seraient représentées dans les rues de la vieille ville. Une ballade autrement plus charmante que d’arpenter les rayons anonymes d’un Walmart.

Dans le labyrinthe des îlots de la baie d’Halong

Le premier contact avec la baie d’Halong laisse un souvenir impérissable : un chapelet d’îlots se déploie à perte de vue au dessus des eaux du golfe du Tonkin, baignés dans la brume légendaire qui nimbe les lieux d’une aura mystérieuse. Au rythme lent d’une croisière dans ses eaux calmes, doucement bercés par le chant des centaines d’oiseaux qui les peuplent, des îlots sortent de la brume comme par magie, d’autres s’y engloutissent en ne laissant entrevoir qu’un cours instant encore une silouhette monumentale avant de disparaître totalement derrière le rideau opaque.

La tête dans les nuages

Après 9 heures de train de nuit dans une couchette au confort précaire suivi d’une heure d’un bus filant à toute allure sur les routes montagneuses, nous découvrons la ville de Sapa. Sapa est un bijou lové dans les méandres vertigineux des Alpes Tonkinoises, ainsi nommées par les français, à 380 kilomètres au nord ouest de Hanoi. La ville domine une vallée aux flancs voués à la culture en terrasse dont les escaliers épousent parfaitement les ondulations des collines, offrant ainsi au spectateur un paysage unique et saisissant, quand la vallée n’est pas noyée sous un épais voile nuageux qui a valu à Sapa le surnom de “Ville dans les nuages”.
Différentes ethnies peuplent les alentours de Sapa, notamment des Hmongs et des Dao qui continuent à pratiquer la culture en terrasse, l’élevage et la fabrication d’objets artisanaux. Nous avons croisé de nombreuses jeunes filles Hmongs noirs (non en référence à la couleur de leur peau mais à celle de leur costume…qui est indigo) aux sublimes habits traditionnels et n’avons pas pu résister à leurs sourires, aux étoffes aux couleurs chatoyantes qu’elles vendaient ni à leur argumentaire de vente dans un anglais impeccable.
Après une ballade magique dans le village de Cat Cat tout proche, il était déjà temps de rejoindre notre couchette pour Hanoi.

Ira furor brevis est

la colère est une courte folie. Pour comprendre, et excuser, les lignes, disons rudes, qui vont suivre, il faut savoir que nous étions à Hanoi depuis quelques jours et nous en avions visité, dans l’ordre : l’ambassade de France, l’ambassade de Chine (aux portes de laquelle nous nous casserons les dents par deux fois), la poste centrale (si quelqu’un pense jamais avoir eu à faire à un préposé au guichet peu engageant, ce n’est rien en comparaison du bouledogue obtu qui nous a reçu et qui de surcroit à tenter de nous surfacturer nos timbres dans l’espoir, vite déçu, d’empocher la différence), la gare (la remarque canino-postale s’applique aussi pour la préposée de la gare), les agences de voyages, que nous remplissions des formulaires passionnants pour Immigration Canada, Revenu Québec… Alors on se dit que là, dimanche, sous un soleil resplendissant, nous allons rendre une petite visite au vénérable Ho Chi Minh, à jamais prisonnié de son cercueil de verre. Nous prenons place dans la file qui s’étire sur plusieurs centaines de mètres et qui témoigne de l’admiration populaire qu’inspire encore le libérateur du Vietnam (ou alors c’est parce que l’entrée est gratuite mais ça m’étonnerait quand même un peu). Les photographies sont bien évidemment interdites mais nous sommes peu enclin à laisser l’appareil photo à la consigne où règne un chaos indescriptible. Je planque donc l’appareil dans ma poche et nous continuons notre progression dans la file. Une centaine de mètres plus loin, un garde tout de blanc vêtu, m’invite à sortir du rang et me demande de vider le contenu de mes poches…à la vue de l’appareil photo, le garde au regard où pointe autant d’émotion que dans celui d’un mérou dépressif, m’indique la consigne à une centaine de mètres de là. C’en est trop, on s’en va tout penaud. Pour voir des fossiles ou des brontosaures, nous irons au musée de l’Homme à Paris : les photos y sont autorisées et c’est tout de même plus instructif qu’une poupée Ho Chi Minh allongée dans son bocal comme une sardine à l’huile dans une salade Saupiquet.
Je fais certes preuve d’une mauvaise foi à tout rompre mais ce qui provoque mon ire c’est que des règlements comme celui-ci sont édictés pour les 5% de demeurés congénitaux qui ne savent pas observer les règles élémentaires du savoir-vivre et qui prennent des photos quand c’est interdit (explicitement interdit avec un panneau rédigé dans toutes les langues ou moralement proscrit comme photographier un enfant mendiant en haillon), qui chevauchent les statues centenaires des tombeaux de Hué, qui piétinent les stèles sacrées de l’île de Pâques, qui photographient sans autorisation et en gros plan les membres des minorités ethniques sans s’interroger sur un conflit avec leurs croyances (celle de l’appareil photo voleur d’âmes par exemple), qui se montre torse nu au grand temple sacré du caodaisme, qui rient dans les couloirs de la mort des prisons du génocide ou qui jettent leurs détritus entre deux guanacos du lac Chungara.

Nous faisons donc nos adieux au Vietnam apres y avoir passé plus d’un mois. Si le Vietnam recèle des trésors pour le voyageur (Hoi An, le delta du Mekong, la baie d’Halong, Sapa, Hanoi) celui doit s’attendre à affronter chez les acteurs locaux du tourisme, les effets néfastes d’un afflux de dollars (4 millions de touristes attendus en 2007) dans une industrie mal réglementée d’un pays en voie de developpement.

Hong Kong

Ma consternante nullité géographique me poursuit jusqu’aux confins de l’Asie. Dans mon imaginaire, Hong Kong était une ville aux dimensions certes gigantesques mais qui ne dépassait pas les dimensions qu’on attribut générallement à une agglomération de 6 millions d’habitants. Tout faux, Hong Kong occupe une superficie de 1 000 Km²; soit plus que Manhattan, le Bronx, Brooklyn, le Queens, et Staten Island réunis. Le coeur financier et économique de la ville, le nord de l’île de Hong Kong, n’occupe que 7% de la superficie totale. Nous étions donc quelque peu surpris d’y découvrir de grandes étendues vierges, de paisibles villages de pêcheurs et des sentiers de randonnée de plus de 100 kilomètres!
Nos 2 journées dans cette ville unique où l’Asie s’est mêlée à l’Europe durant plus de 150 ans nous auront seulement permis d’avoir une vue d’ensemble de l’ancienne colonie, mais quelle vue!!! Celle depuis le sommet du Victoria Peak qui du haut de ses 552 mètres dévoile un panorama à couper le souffle sur la concentration vertigineuse de gratte-ciels. Quelle vue encore que celle que nous a offert une ballade en ferry sur les eaux qui sépare Kowloon de l’île de Hong Kong. Et quelle vue enfin en guise d’apothéose, à la nuit tombée, sur la débauche de lumières des gratte-ciels dont les reflets multicolores s’abîment dans les eaux noires de Port Victoria.

En Chine, nous pouvons déjà faire la même observation que dans tous les pays traversés, à l’exception de la Nouvelle-zélande et de l’Australie : Natasha passe difficilement inaperçue. C’est d’autant plus vrai en Chine où les gens interrompent leur conversation, leur chemin, leur travail pour dévisager, bouche bée, le phénomène qui leur passe sous le nez. On peut voir dans le regard des plus jeunes la même stupeur que dans les yeux d’Eliot lorsqu’il découvrit E.T. pour la première fois.

Note : cet article a pu être mis en ligne depuis la Chine en utilisant des outils permettant de contourner des restrictions sur la navigation de certains sites internet dont notre blog…

Add comment mai 23, 2007

Au pays du million d’éléphants

Si ce nom donné au Laos il y a plus de 700 ans fut jamais une réalité, on en est aujourd’hui bien loin avec une population qui atteint péniblement les 2000 individus dont plus de la moitié sont domestiqués.

Vientiane et Savannakhet

Vientiane, avec ses 200 000 habitants, mérite sans aucun doute le titre de capitale la plus paisible du monde. Peu de choses sont susceptibles de troubler le calme assoupi qui caractérise la ville à toute heure de la journée. Même le Pha That Luang, ce grand stupa sacré, symbole national, semble fatigué derrière sa fine parure d’or qui s’écaille en plusieurs endroits.

Quant à Savannakhet, notre porte d’entrée et de sortie du Laos et deuxième ville du pays avec 124 000 habitants, la vie s’y écoule au rythme du Mekong paresseux qui coule à ses pieds et au delà duquel la Thailande paraît si proche. Et ce ne sont pas les rugissements figés des deux répliques grandeur nature de deux diplodocus qui trônent de manière incongrue à l’entrée de la ville, qui troublerait la léthargie profonde dans laquelle semble plonger les habitants.

Luang Prabang et le nouvel an Laotien

Distante de seulement 384 kilomètres de Vientiane, il aura fallu 10 heures à notre bus usé et prêt à rendre l’âme à chaque côte un peu trop raide, pour arriver à Luang Prabang. Ce trajet, et de façon générale tout déplacement en bus au Laos, est éprouvant, pas seulement en raison de la sinuosité du parcours et des nombreux précipices vertigineux mais aussi parce que les conducteurs de bus au Laos, contrairement à ce que le laisserait supposer leur conduite, n’ont pas le don de voir si un véhicule arrive en sens opposé lorsqu’ils entament un dépassement avant ou dans un virage.
Il est ensuite amusant de constater la façon qu’ont les laotiens de décorer leur route durant le nouvel an : entre Kasi et Luang Prabang, point de guirlandes, d’étoiles scintillantes ou d’autres décorations rigolotes mais plutôt des soldats sans uniformes, armés d’AK-47 et disposés par groupe de 2 ou 3 au bord de la route tous les 5 à 10 kilomètres. Mais la route n’est pas la seule à revêtir une telle tenue d’apparat : avec Natasha, nous avons égayé nos trajets en bus en jouant au “Qui a une Kalachnikov dans le bus ?” dont le but ultime est de démasquer le soldat en civil qui dissimule une kalachnikov, assez maladroitement le plus souvent. C’est un jeu très drôle mais je ne suis pas sûr qu’on puisse y jouer ailleurs qu’au Laos. Par exemple à Montréal, ce jeu me semblerait d’un ennui … mortel. (Cette route fait l’objet de mesures de sécurité particulière car celle-ci était sujette à des attaques de la part de laguérilla Mong jusqu’en 2003). L’ambiance est vraiment explosive au Laos en cette fin d’année 2549!

Ces images quelque peu inquiétantes s’évanouissent dès notre arrivée dans la ville de Luang Prabang qui, disons le tout de suite, nous aura le plus séduit depuis notre arrivée en Asie du Sud Est, ex aequo avec Hoi an si ce n’était l’ambiance dégagée par les festivités du Nouvel an. Enfin en lieu sûr nous sommes nous dit! Pas si vite! Nous nous apercevons que la ville entière est armée jusqu’aux dents : fusils à eau, sceau, tuyaux d’arrosage, bouteilles, récipients en tout genre. Tout est bon pour asperger d’eau, colorée ou non, tout individu, même suisse, à portée de tir; les 2 roues, les Tuk Tuk et leurs passagers n’étant pas épargnés. Epuisés par notre voyage, nous reportons au lendemain notre découverte des festivités du Nouvel an Laotien. Celles-ci se déroulent sur 7 jours dont les 3 premiers sont consacrés à la fête de l’eau durant laquelle les participants, volontaires ou non, s’aspergent mutuellement d’eau dans un signe de purification en se souhaitant bonne année (Sa-Bai-Dii-Mai). Dès le lendemain matin, nous sommes plongés dans un chaos aquatique absolu. Tout individu est un assaillant potentiel : une petite fille au regard tendre et à l’air innofensif vous sourit ? C’est pour mieux tromper votre vigilance et vous badigeonner le bras de farine de ces petites doigts hésitants. Un petit garçon, une bassine remplie d’eau dans les mains, vous en versera le contenu sur les pieds en cherchant du regard l’approbation de sa maman qui l’applaudira des 2 mains. Des gamins aux fusils plus grand qu’eux vous mitraillent dans de grands éclats de rire. Quelques minutes de ce traitement suffisent pour être trempé jusqu’aux os : je vous laisse imaginer notre quotidien durant 2 jours! Même les policiers ne sont pas épargnés et constituent même un trophée de choix pour les participants : essayez donc après ça d’inspirer le respect et l’ordre dans un uniforme dégoulinant de toute part!
Le ton saccarstique adpoté plus haut ne saurait masquer l’immense joie festive qui entoure ce balai aquatique et la bonne humeur communicative des laotiens, petits et grands.
Pour achever de nous convaincre de la gentillesse des laotiens, la famille de notre pension nous invitera à se joindre à eux à la nuit tombée pour danser et partager quelques verres de Beer Lao bien fraîche.

La fête de l’eau ayant pris fin à l’aube du quatrième jour, nous pouvons enfin nous aventurer sereinement dans les rues de Luang Prabang. Le coeur historique de la ville, classé au patrimoine mondiale par l’UNESCO, s’étend sur une péninsule formée par le Mékong et la Nam Khan. En dehors des quelques rues principales, la ville est sillonnée de venelles et d’étroites ruelles qui offrent aux passants un point de vue plus intime sur la vie des habitants puisque ceux ci y font la sieste, discutent, jouent et mangent en famille. La ville est dominée par la silhouette du Mont Phu Si, au sommet duquel s’étale un magnifique panorama sur les montagnes environnantes à perte de vue. A la nuit tombée, éclairée par la pâle lumière de centaines d’ampoules électriques, les habitants des villages avoisinants vendent à même le sol des produits qu’ils ont eux mêmes confectionnés et aux charmes desquels il est pratiquement impossible de résister.

Le vrai plaisir de Luang Prabang est de déambuler au hasard des rues et de voir surgir au détour de l’une d’entres elles un temple, une maison coloniale, une vue imprenable sur le Mékong ou simplement y faire une rencontre innatendue comme celle que nous avons fait avec ce jeune moine novice avec qui nous avons parlé avant qu’il nous invite à assister à la prière de 18h. Moment magique durant lequel, discrètement installés au fond du temple, nous nous sommes laissés bercer par les chants qui s’élevaient dans le temple et se mêlaient aux volutes des inévitables bâtons d’encens.

Sur un éléphant perché

Il aurait été impardonnable de quitter le Laos sans rendre hommage à ceux qui lui ont donné ce surnom de pays au million d’éléphants. Nous nous sommes donc rendu à quelques 20 kilomètres de Luang Prabang à la rencontre de ces fameux pachydermes d’Asie. Nous avons d’abord assister aux ablutions matinales du plus jeune d’entres eux : un bébé de 3 ans. Nous avons ensuite fait connaissance avec les 4 dames d’âge respectable à qui nous avons payé une tournée générale de bananes, un vieux truc éculé je l’avoue, pour séduire d’emblée l’assemblée de 20 000 kilos qui nous faisait face.
Nous avons ensuite pris place sur le dos de Wak, une femelle de 32 ans, qui, conduite par son dresseur, nous a offert une ballade d’une heure à travers la jungle.
Difficile en définitive de savoir si ces éléphants captifs sont heureux de servir de monture à des touristes. Ces éléphants étaient utilisés par l’industrie forestière dans la coupe de bois, travail harassant leur demandant beaucoup d’efforts. Porter des touristes, même gros comme nous, semble une synécure en comparaison.
Pas facile de savoir ce qui se passe derrière le regard de ce géant, sauf quand on lui montre une banane!

Depuis Savannakhet, nous avons pris la direction du Vietnam pour faire étape à Dong Ha, ville insignifiante au delà de l’entendement, avant de rejoindre Hanoi par le train de nuit : un voyage de 14 heures sur un banc en bois, sans climatisation, dont nous vous dirons des nouvelles ultérieurement.

(Veuillez pardonner la piètre qualité du texte ci-dessus, celui-ci ayant été tapé dans un café internet à Dong Ha, où tous les enfants du coin s’étaient réunis et manifestaient bruyamment leur joie de s’éclater au jeu vidéo plutôt que d’aller à l’école. Ajouter à cette ambiance de folie le fait que mon ordinateur se situait à moins de 10 mètres de la route nationale 1, la plus fréquentée du pays, et vous comprendrez mon impatience frénétique de terminer ce texte avant de devoir purger quelques années de prison au Vietnam pour avoir brutalisé des enfants. A ma décharge, ils ressemblaient moins à des enfants qu’à de petits monstres pétris d’inextinguible haine hystérique…tenez, ils me faisaient penser à Sarkozy, c’est vous dire!)

1 comment mai 1, 2007

Bonne année 2550 !

Avant de revenir plus en détails sur notre séjour au Laos, voici une petite vidéo prise durant les festivités du Nouvel an Laotien à Luang Prabang.

Nous n’aurons pas beaucoup d’autres témoignages de ces festivités : notre appareil photo numérique et l’eau ne faisant pas bon ménage.

2 comments avril 20, 2007

Six pieds sous terre au Vietnam

Des tunnels viet-cong de Cu Chi à ceux de Vin Moc dans la DMZ, en passant par les tombeaux impériaux de Hué, notre remontée vers le centre du Vietnam fut placée sous le signe de l’obscurité, tantôt oppressante tantôt empreinte de douceur comme celle créée par la magie des lanternes chinoises d’Hoi an.

Les tunnels de Cu Chi

Symbole de la détermination du Nord-Vietnam à remporter la victoire, les tunnels de Cu Chi, creusés de main d’homme dès la guerre d’Indochine, ont joué un rôle décisif dans la guerre contre les Etats-Unis, notamment dans son aspect psychologique en créant le mythe d’un combattant invisible et insaisissable, capable de frapper n’importe où avant de disparaître. Les étroits boyaux courent sous des profondeurs variant de 3 à 9 mètres et le réseau totalise 250 kilomètres de galleries et de salles. La section de 100 mètres ouverte aux touristes a été élargie pour permettre le passage des “gros” occidentaux : à l’origine, la largeur des tunnels n’excédaient pas 80 centimètres pour une hauteur à peine plus élevée.

Nous entamons notre progression sous 3 mètres de terre. Nous n’irons pas loin car l’individu me précédant est pris d’une crise de panique et nous nous contorsionnons tous pour faire demi tour. Bien que les tunnels soient partiellement éclairés, de larges portions sont plongées dans une obscurité telle que vous ne distinguez pas l’individu vous précédant de quelques centimètres. L’échec de la première tentative ayant mis à mal l’enthousiasme de certains, nous retournons un peu moins nombreux dans l’obscurité. Les sections de 6 et 9 mètres sont plus étroites et, alors qu’une progression accroupie était possible dans la section à 3 mètres, il faut ici se coucher lors de certains passages critiques. La lumière du jour surgit comme une libération et pourtant ces 10 minutes ne sont rien en comparaison de l’enfer qu’on dû y vivre des combattants affamés, traqués et constamment menacés par les bombardements. Sur 16 000 soldats engagés dans les tunnels de Cu Chi, seuls 6 000 survécurent. Mais, même dans un tel enfer, la vie ne capitule jamais tout à fait : une dizaine d’enfants auraient vu le jour dans ces tunnels.

Pour nous remettre de cette expérience claustrophobique, nous faisons halte 4 jours à Nha Trang à propos de laquelle nous n’aurons pas découvert grand chose excepté qu’il y fait bon ne rien faire sur le sable de ses plages, à l’ombre bienvenue des cocotiers. Nous aurons cependant fait une rencontre touchante en la personne d’un homme agé de 80 ans dont le fils a fui le Vietnam en 1975 et qu’il ne semble pas avoir revu depuis cette date. Après avoir discuté avec nous durant 20 minutes, il nous remerciera d’avoir partagé son chagrin et nous glissera à l’oreille, non sans s’être assuré que personne ne l’entende : “Don’t believe communism”. Du reste, les vietnamiens ne se bousculent pas pour montrer un soutien sans faille aux communistes : sur une population de 84 millions d’habitants, seuls 2 millions adhèrent au parti. Sur le plan des idéologies, la rupture semble consommée entre l’ancienne génération, témoin de la guerre et de la réunification, et la nouvelle génération, plus attirée par un mode de vie à l’occidentale. L’ancienne frontière, tant géographique qu’idéologique, entre le nord et le sud semble même avoir survécue à la réunification : quasiment absents dans le sud, les larges panneaux vantant la gloire de l’armée ou celle du communisme par le biais d’une demi-douzaine d’ouvriers tous plus ravis les uns que les autres de serrer un boulon ou de lever leur clé à molette en signe de victoire ; ces panneaux disais-je fleurissent sur le bord des routes au fur et à mesure de notre progression vers le nord.

Hoi An

Hoi An est rétive à toute description. J’ai beau me triturer le cortex, je ne parviens pas à en donner une image juste et fidèle. Peut-être parce qu’Hoi An recèle une part de rêve qu’il est impossible de rapporter avec soi dans la réalité sans en altérer la magie. Pourtant il y aurait tant à dire sur ce port fréquenté par les chinois, les japonais et les européens qui en firent l’un des plus importants d’Asie du Sud-Est au 17ième siècle. Tant à dire sur son centre historique classé au patrimoine mondial par l’UNESCO. Des pages et des pages à écrire sur ces minuscules ruelles, sur ces maisons en bois desquelles se dégage une telle sérénité qu’on aimerait y passer des heures, sur les centaines de détails dissimulés aux regards trop pressés comme les yeux de dragons au dessus des portes. Et comment décrire l’atmosphère qui se dégage de la ville à la nuit tombante lorsque les centaines de lanternes chinoises parent celle-ci de colliers de lumières. Non, vraiment il m’est impossible de décrire Hoi An sans trahir sa magie. La seule preuve tangible que nous en rapporterons sont les plats succulents que Naty ne manquera pas de nous préparer après avoir étudié leur préparation lors d’un cours de cuisine locale.

Hué, l’ancienne cité des empereurs

C’est sous un ciel uniformément gris que nous posons nos sac à dos dans l’ancienne résidence des empereurs du Vietnam. De son passé prestigieux, Hué a conservé la citadelle impériale et les tombeaux de ses empereurs, disséminés aux alentours de la ville. La citadelle fut lourdement endommagée par les bombardements et les batailles acharnées dont elle fut le théâtre. De la citadelle ceint par des remparts de 10 km dignes de Vauban, seuls quelques superbes édifices ont résisté dans l’enceinte impériale. Le faste et la richesse qui accompagnaient les empereurs de leur vivant semble les suivre jusque dans l’au delà : leurs tombeaux sont de véritables villes avec des temples richement décorés, des lacs, des ponts, des esplanades, des escaliers monumentaux, des dizaines de statues et dans l’un d’entre eux, un bloc de pierre de 20 tonnes sur lequel fut gravé l’épitaphe de Tu Duc mit 4 années pour être acheminé jusqu’au tombeau depuis la province de Thanh Hoa à quelques 500 kilomètres de là.

Au nord de Hué s’étend la zone démilitarisée qui courait de part et d’autre du fleuve Ben Hai, ligne de démarcation officielle entre le Nord et le Sud Vietnam. Durant la guerre, cette zone de 10 Km de large fut ironiquement une des plus lourdement militarisée avec notamment la présence de nombreuses bases américaines, dont la célèbre base de Khe Sanh et plus bombardée que n’importe quelle autre région du Vietnam. Pour échapper aux bombes, les habitants se réfugièrent dans des tunnels qu’ils mirent 18 mois à creuser. Les tunnels de Vin Moc, plus profonds (23 mètres) et plus larges (la position debout est envisageable) que ceux de Cu Chi bénéficiaient en outre de “toilettes”, de “chambres” et de ventilation grâce notamment à une bombe americaine perforante non explosée.

Guide de survie pour les futurs voyageurs au Vietnam

Parmi les petits désagréments du Vietnam, être l’objet d’une sollicitation de tous les instants se classe largement en tête (L’inaptitude chronique des serveurs de restaurants, vendeurs et autres commerçants à trouver le résultat juste a l’issue d’une addition se classant second).
Avec une moyenne de 30 sollicitations par jour, nous avons mis au point une technique qui nous permet de ne pas gaspiller inutilement nos énergies tout en restant des gens civilisés.

sollicitation 1 – individu 1 = petit mot de refus accompagné d’un sourire.

sollicitation 2 – Individu 1 = signe de refus de la main.

sollicitation 3 – Individu 1 = indifférence marquée. Vous concernant, l’individu 1 a été rayé de la surface de la terre.

sollicitation n – Individu n = une explosion thermo-nucléaire ne provoquerait chez vous qu’un léger haussement de sourcils.

Variante : cette dernière attitude peut aussi être adoptée dès la première sollicitation en cas de mauvaise journée.

Nos icônes du Vietnam (1ère partie)

Apres 1 mois au Vietnam, il est des images, bien souvent anodines, qui se présentent quotidiennement à nos regards et qui finissent par s’incruster dans nos esprits pour devenir des icônes indissociables du Vietnam.

Les petites chaises en plastique : disséminées sur les trottoirs, elles marquent l’emplacement d’un restaurant de rue dans lequel les vietnamiens viennent déguster une cuisine bon marché et où, bien souvent, une grosse marmite et un réchaud sont les seuls instruments de cuisine. A la nuit tombée, il est très facile de se prendre les pieds dans l’une d’entres elles avant de s’apercevoir qu’une dizaine d’individus dégustent leur repas tout autour de vous.

L’élégance austère d’une étudiante en ao dai : il est difficile de conserver une quelconque prestance quand, juché sur une bicyclette, vous portez un habit ample, suffisament long pour vous couvrir les pieds. C’est le défi relevé par les étudiantes en habit traditionnel qui, souriantes et gracieuses, sillonnent les rues en tenant l’extremité de leur ao dai fermement serré entre leur mains.

Les vélos-camions : des frigos aux meubles en passant par des montagnes d’habits, des empilement improbables de boîtes, des cochons vivants ou morts, rien ne semble ne pouvoir prendre place sur un deux roues.

Les habits de pluie : les jours de pluie voient d’étranges créatures chevaucher les 2 roues : on devine le visage du conducteur qui seul émerge de la cape anti-pluie qui lui recouvre tout le corps. Quant aux passagers, ils disparaissent totalement dessous à l’exception des pieds, ce qui donne à l’equipage des allures de mille-pattes motorisé.

Depuis Hué, nous avons pris la longue route qui nous a emmené jusqu’a Savannakhet au Laos.

Add comment avril 20, 2007

Cambodge, entre splendeur et désarroi

La splendeur du Cambodge, ce sont les temples d’Angkor, témoignage exceptionnel de la richesse et de la puissance de l’empire Khmer à son apogée et qui font aujourd’hui la fierté de tous les cambodgiens. Du drapeau national à la bière qui porte son nom, la silhouette de celui qui fait figure de Mère de tous les temples, Angkor Wat, s’affiche partout et fait partie intégrante de la vie quotidienne.

Le désarroi, c’est celui d’une population toujours traumatisée par un des régimes les plus meurtriers de l’histoire contemporaine (1,5 à 2 millions de morts) et accablée par la pauvreté dont toute la détresse qu’elle engendre se trouve résumé dans le regard des jeunes enfants exploités dans les rues de Phnom Penh ou d’ailleurs. Nombre de jeunes enfants traînent en bandoulière quantité de livres et autres guides de voyage (photocopiés), vendent des fleurs ou des magazines, d’autres cirent des chaussures, d’autres encore demandent simplement de l’argent, de l’eau ou de la nourriture. Il existe aussi au Cambodge une autre forme d’exploitation qui voit de respectables messieurs venir assouvir leurs vices sur de jeunes enfants cambodgiens. Vraissemblablement choqués de côtoyer, sans la voir, cette atroce vérité, nous avons réagi avec excès en gratifiant d’un regard soupçonneux tout individu torve d’un certain âge, attablé seul le soir (Pour notre défense, ils sont vraiment nombreux sur les terrasses de Phnom Penh).

Le désarroi, c’est enfin celui qu’inspire une classe politique notoirement corrompue, incapable d’améliorer le sort de ceux qu’ils représentent malgré des signes encourageants. Un exemple parmi ce qui pourrait être une encyclopédie de la corruption au Cambodge est le nombre de casinos : le Cambodge, pauvre parmi les plus pauvres, compte une vingtaine de casinos, dont nous avons pu apprécier le faste de 2 ou 3 d’entres eux près de la frontière avec le Vietnam. Inutile de rappeller que les casinos sont un des vecteurs prisés pour le blanchiment de l’argent sale.

Phnom Penh

Sur une carte, Phnom Penh ressemble à une formule mathématique absconse : excepté 4 ou 5 grands boulevards, les rues sont désignées par des numéros (ph152, ph118, ph148) vraissemblablement aléatoirement attribués étant donné l’absence de logique dans leur répartition. Les quais de la rivière Tonlé Sap regroupe un grand nombre d’hôtels et de restaurants et garantit un superbe spectacle pour qui se lève tôt pour y admirer le levé du soleil.
J’avais écrit une première version de l’article qui décrivait Phnom Penh, assez prosaïquement je l’avoue, comme un champ de bataille sur lequel s’affrontait, sur le terrain économique, une armée de pauvres sans armes et une minorité de nantis. Phnom Penh me semble à présent plus complexe que ce que cette description simpliste le laisserait entendre. Au premier regard, Phnom Penh offre pourtant un spectacle déroutant de contrastes : 4×4 rutilants au milieu d’un océan de deux roues de toutes sortes, les hôtels et immeubles immaculés font face aux taudis insalubres, les mendiants, enfants des rues, vendeurs de drogues, mutilés des mines oubliées se mêlent au flot des touristes. Après quelques heures dans cet univers, la tête vous tourne forcément un peu. Plusieurs jours se passent et vous commencez à comprendre que se déroulent sous vos yeux les bouleversements qui secouent le pays après des périodes si sombres de son histoire. Les habitants de Phnom Penh sont en première ligne face à ces bouleversements et son lot d’inégalité qu’ils engendrent.

Trêve de billevesées (Attention prononcer ce mot à haute voix plusieures fois de suite peut provoquer des nausées) et parlons enfin de ce qu’offre Phnom Penh aux voyageurs. La résidence royale contient de magnifiques exemples de l’architecture Khmer qui culmine avec la pagode d’argent dont le sol est recouvert de 5 000 plaques d’argent : après s’être déchaussé, on peut y admirer un Buddha en or, les somptueux objets recouverts de pierres précieuses et les chandeliers admirablement ciselés.
Dans la série “les musées des horreurs”, nous visitons la tristement célèbre prison S-21 où 17 000 personnes, hommes, femmes et enfants, furent emprisonnées, torturées puis exécutées dans les “Killing fields” à quelques encablures de la ville. Durant cette visite, peu de mots sont échangés, le silence s’impose devant les cellules d’interrogatoire laissées pratiquement en l’état, devant les photographies des détenus prises à leur arrivée dans le camp et sur lesquelles se lit toute la terreur devant le sort qui les attend, devant encore les instruments de tortures : simples (pelles, barres de fer, pinces) ou plus sophistiqués dont l’utilisation est illustrée à l’aide de schémas. La visite se conclu par la projection d’un documentaire à la fin duquel un ancien garde du camp avouera, dans un rire maladroit, avoir exécuté 5 prisonniers d’un coup de barre de fer sur la nuque. Si la peur qu’engendre aujourd’hui encore l’évocation des khmers rouges est toujours aussi vive c’est qu’aucun des anciens bourreaux n’a été puni et que pour nombre de cambodgiens, il s’agit de leur voisin, de leur collègue ou d’un parent.

Enfin, un des plaisirs de Phnom Penh est de s’attabler à une terrasse et de regarder la vie défiler devant vos yeux, comme cette procession funéraire dont la blancheur des habits des participants tranche avec l’orange vif des tuniques des bonzes les accompagnant. (Vous verrez encore plus de choses étranges si vous décidez de vous attabler à la terrasse d’une pizzeria qui sert des “Happy Pizza” ou des “Very Happy Pizza” selon la quantité de marijuana dans la recette). Assis de la sorte, vous serez une cible de choix pour le boniment des enfants. Un truc suffit pourtant à s’en débarasser dans 80% des cas : les faire rire.

Malgré la situation peu enviable de la majorité de ces habitants, Phnom Penh est une étape agréable et réserve quelques surprises comme celle que nous avons eu en croisant la route d’un éléphant sur les trottoirs du centre ville, allant de son pas de géant fatigué dans l’indifférence générale.

Angkor, le mystère est dans les pierres

Si la pierre pouvait parler, elle le ferait précisément à Angkor et s’échapperaient alors des temples les milliers de cris et de hurlements dessinés sur le visage des démons, des soldats agonisants, des créatures maléfiques et des homme-singes féroces qui ornent les moindres recoins des murs d’Angkor. Il ne vaut mieux pas avoir cette idée en tête lorsque, pris sous un orage dans les couloirs du Bayon, vous évoluez, miraculeusement solitaire, dans la pénombre d’où surgit, à la faveur d’un éclair, le visage torturé d’un démon. Heureusement, le soleil revenu, le Bayon compte également 276 statues aux sourires rassurants.

Angkor se situe à 6 kilomètres de Siem Reap et désigne un ensemble de 100 temples répartis sur une zone de 400 kilomètres carrés. Siem Reap, à 400 kilomètres au nord de Phnom Penh, est le lieu de villégiature obligé pour tout visiteur des temples. Il s’agit d’une ville sans charme où les hotels de luxe côtoient les baraques branlantes et les détritus, où les enfants marchent pieds nus dans les flaques d’eau souillée, des jeunes enfants mal en point comme ce garçon à l’âge incertain qui viendra nous demander à manger à plusieures reprises durant notre séjour.
Notre moyen de transport pour visiter les temples fut, tout comme à Phnom Penh, le Tuk-Tuk dont les conducteurs forment une sympathique bande de truands qui proposent d’emblée des prix surgonflés et sont prêt à imaginer les plus gros mensonges pour justifier leur prix.

Impossible de décrire dans le menu détail notre visite de 7 jours à Angkor. Nous emporterons avec nous la silouhette parfaite d’Angkor Wat, les 276 sourires du Bayon, les images du combat désespéré que livre Ta Phrom contre la jungle qui en reprend possession, le contraste entre le gigantisme des temples et la finesse des statues et des fresques, les sculptures délicates du Bantay srei et enfin la satisfaction d’avoir pu découvrir la civilisation qui a érigé de tels chefs-d’oeuvre au 12ième siècle et qui fut en mesure d’établir une ville d’un million d’habitants (A la même époque, Londres en comptait 50 000) qui en fit une des plus importantes du monde à cette époque.

Notes aux futurs visiteurs d’Angkor

Étant donné l’affluence en constante augmentation, il n’est pas impossible de contracter une haine du groupe lors de votre passage à Angkor. Aucun vaccin n’existe et l’utilisation d’armes à feu et de grenades offensives est vivement déconseillée par respect pour les bonzes en prières que les déflagrations et les hurlements déchirants pourraient gêner dans leur méditation.

De nombreux signes (spectacle son et lumière, voiturettes électriques, immenses complexes hoteliers en construction) font craindre une dérive d’Angkor vers une sorte de parc d’attraction pour archéologues en herbe. Il serait de bon ton de venir avant que cette tendance se confirme mais prenez garde, Mickey est déjà dans la place : il accueille les clients d’une station service en centre ville.

Conclusion

Sur la route qui nous ramenait vers la frontière vietnamienne, nous savions avoir manqué une partie du Cambodge, celle à l’écart des flots de touristes, où vit la majorité des cambodgiens (80% du pays vit à la campagne). Derrière les vitres du bus, le Cambodge nous fera un dernier clin d’oeil : au milieu d’une succession de maisons en bois ou en tôle, sur un accotement boueux, au milieu de nulle part se dresse un magnifique chapiteau orange et jaune qui abrite une vingtaine de tables somptueusement dressées et de chaises drappées de belles étoffes et près duquel s’agite une cinquantaine de convives élégamment vêtus.

De retour à Ho Chi Minh Ville, nous y passerons quelques jours avant de prendre la direction de Nha Tang et de ses plages.

1 comment mars 29, 2007

Le Vietnam du sud

Ho Chi Minh : le bruit et la fureur

Saigon (Ho Chi Minh) peut sans nul doute revendiquer nombre de qualificatifs. Pour nous aucun ne lui va mieux que celui de ville qui ne se taît jamais. L’activité frénétique qui s’en empare jour et nuit semble ne jamais vouloir prendre fin. Le jour, les hordes de deux roues prennent possession des rues, les artisans de tous les corps de métier travaillent à même les trottoirs ou au fond des ruelles, de partout montent des effluves de cuisine ou d’autres mixtures inconnues, les marchés couverts sont saturés de chaleur et d’odeurs plus ou moins attirantes. La nuit tombe que ce formidable cirque semble redoubler d’intensité avec les voix tremblantes qui s’échappent des innombrables karaokés, les parkings pour deux roues se remplissant en un clin d’oeil de la clientèle des clubs aux enseignes grandes consommatrices d’électricité, des apprentis cracheurs de feu d’à peine 10 ans révolus font trembler leur audience par leur total manque de maîtrise de cet art (Un exemple parmi tant d’autres de parents qui, poussés par la pauvreté, utilisent leurs enfants comme source de revenu). Jour et nuit, ce bouillonnement d’activités se déroule avec la trame sonore d’une symphonie en klaxon majeur que les moins sourds des voyageurs auront tôt fait d’étouffer à l’aide de protections auditives pour trouver le sommeil.

De rares lieux échappent à ce furieux tintamarre. Les pagodes sont un hâvre de paix pour les sens : le silence, s’il n’est pas troublé par un groupe d’une cinquantaine de touristes, y règne en maître; les bâtons d’encens libèrent leurs effluves ennivrantes; les statues et les représentations divines captivent le regard; de temps en temps, un élément du plus pur kitsch, comme un disque de diodes multicolores au dessus de la tête d’une divinité, vous arrache, sacrilège dans un lieu voué à la piété et au recueillement, un léger sourire que vous tentez de dissimuler à la vue des fidèles. De sourires, il n’en est en revanche pas question au musée des souvenirs de guerre, vibrant témoignages du drame qu’a vécu le Vietnam durant près de 20 ans. Les commentaires, forcément partiaux, mis à part, les centaines de photos suffisent à décrire l’horreur sous toutes ses formes : bombes expérimentales, tortures, exécutions, armes chimiques, enfants, bébés compris, victimes d’atrocités. Il faudra bien quelques bouteilles de Saigon bien fraîches pour nous remettre de cette succession de clichés de l’Homme à son plus bas niveau d’humanité.

Le delta du Mékong, grenier aux sourires du Vietnam

Pour qui veut fuir l’agitation de Saigon, le delta du Mekong offre au voyageur un refuge tout indiqué. La vie se déroule ici au rythme lent d’une barque sur les eaux calmes de la multitude de canaux qui forment une toile d’araignée complexe de voies navigables. Le Mékong en constitue l’artère principale à partir de laquelle se déclinent des canaux de plus en plus étroits jusqu’à seulement permettre le passage d’une barque. Le bateau est bien entendu le moyen de locomotion idéal pour découvrir les mystères du delta. Nous en avons pris de toutes sortes : des ferries, des embarcations de 20,10 ou 2 passagers, guettant de temps à autre, au fond du bateau, avec une perplexité grandissante une flaque qui ne l’était pas moins. Nous avons ainsi visité au petit matin de nombreux marchés flottants où une flottille colorée propose de bateau en bateau toutes sortes de marchandises ou encore simplement navigué dans les canaux au milieu des habitations sur pilotis. Mais outre le riz, les canaux, les couleurs, le delta possède une autre richesse : ses habitants. Depuis leur bateau, leur 2 roues, leur maison, leur bus, enfants, adolescents et adultes nous adressaient un sourire, un ‘hello’ ou encore un signe de la main. Naty déclenchera même une hystérie collective chez un groupe de femmes qui cherchaient à attirer son attention depuis leur bus stationné dans un marché. Notre guide éclaircira ce curieux comportement par ces mots, je cite : ‘yellow hair, not seen before : very pretty. blue eyes, not seen before : very very pretty. narrow noze, very pretty…et oh bon, on se calme le guide!

Après avoir passé la nuit à Can Tho, nous prenons la direction de Chau Doc et de la frontière avec le Cambodge. Depuis notre bus, nous assisterons au spectacle enchanteur de dizaines de cerf-volants s’élevant dans le ciel du soleil couchant. Le lendemain, nous prendrons place Naty et moi dans une petite barque propulsée par le seule force des bras d’une jeune femme pour nous rendre sur une île où s’est établie la minorité Cham de confession musulmane et c’est là que nous avons fait la rencontre d’un ange. Un ange avec le Saint Graal des sourires, un sourire enchanteur et pur comme un diamant, la Joconde du Delta! Nous serions resté des heures à jouer avec cette adorable petite fille Cham (Naty rêvera même la nuit suivante que nous la kidnappions pour l’emmener à Montréal) mais hélas, il était temps pour nous de prendre notre bateau pour rejoindre la frontière Cambodgienne.

Du Vietnam au Cambodge : la traversée périlleuse

Les trois heures de traversée sur les eaux du Mékong avant de rejoindre l’immigration vietnamienne se déroulèrent sans encombre. Mais lors de l’accostage, nous devenons malgré nous les protagonnistes d’un spectacle d’acrobaties. En première partie, des enfants se ruent à l’abordage de notre embarcation pour tenter de se saisir de nos sacs. Un compagnon de voyage fera obstacle de son corps mais un sac manquera à l’appel une fois sur la terre ferme (Il sera retrouvé quelques minutes plus tard sur le dos d’un enfant qui réclamait un dollar pour le service offert). Nos sacs de 20 kg sur le dos, nous découvrons avec angoisse ce qu’il nous faut traverser pour rejoindre la terre ferme : une échelle jetée au dessus d’un fossé de 5 mètres de profondeur. Chacun son tour, nous avancons prudemment sur le fragile dispositif, aidés par des habitants qui nous tendent les bras de l’autre côté et visiblement enchantés par la représentation que nous donnons. Parvenus sain et sauf de l’autre côté, nous accueillons presqu’avec bonheur la myriade d’enfants qui nous hurlent dans les oreilles de leur acheter quelque chose.

Deux heures de traversée suplémentaires et deux heures entassés dans un mini bus non climatisé sur une route en travaux, nous voici dans la capitale du Cambodge.

3 comments mars 23, 2007

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